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Cuba peine à rétablir son réseau électrique, faute de carburant en raison du blocus américain: après une nouvelle coupure d'ampleur vendredi, à peine 12% des foyers de La Havane ont retrouvé du courant samedi soir

Economie · · Par Julie MOREAU

Cuba peine à rétablir son réseau électrique, faute de carburant en raison du blocus américain: après une nouvelle coupure d'ampleur vendredi, à peine 12% des foyers de La Havane ont retrouvé du courant samedi soir

La Havane plongée dans le noir : un réseau électrique exsangue face au blocus Samedi soir, plus de 24 heures après une nouvelle panne générale d'électricité sur

La Havane plongée dans le noir : un réseau électrique exsangue face au blocus

Samedi soir, plus de 24 heures après une nouvelle panne générale d'électricité survenue vendredi, à peine 12 % des foyers de La Havane avaient retrouvé le courant, a indiqué la compagnie nationale d'électricité (UNE) sur le réseau social X. Cette quatrième coupure électrique générale en moins de six mois, la neuvième depuis fin 2024, plonge l'île de 9,6 millions d'habitants dans une crise énergétique sans précédent, directement liée, selon les autorités cubaines, au manque de carburant provoqué par le renforcement du blocus pétrolier américain.

Un rétablissement chaotique et des infrastructures fragilisées

Le processus de remise en service du réseau national avance avec une lenteur extrême. À la mi-journée samedi, seuls 7 % des foyers de la capitale étaient alimentés. Le dirigeant de l'UNE, Félix Estrada, a expliqué à la télévision cubaine qu'une « chute partielle du système » survenue dans la nuit de samedi avait contraint les équipes à reprendre les travaux de rétablissement depuis le début. « Le rétablissement se fait progressivement dans la mesure où les conditions le permettent », a sobrement précisé la compagnie nationale, soulignant la fragilité d'un réseau vieillissant et sous-alimenté.

Cette nouvelle panne intervient dans un contexte de pénurie aiguë de combustible. Depuis janvier, Washington n'a autorisé l'arrivée en mars que d'un seul pétrolier russe, transportant 100.000 tonnes de pétrole brut. Ces réserves sont désormais épuisées, laissant les centrales thermiques sans carburant pour fonctionner à plein régime. Les autorités cubaines pointent du doigt le renforcement des sanctions américaines, qui entravent l'approvisionnement en pétrole et en équipements nécessaires à l'entretien du réseau électrique.

Une population à bout, confrontée à l'asphyxie quotidienne

Alors que la chaleur de l'été tropical s'abat sur le pays, les habitants de La Havane expriment leur lassitude et leur sentiment d'impuissance. « Que puis-je faire ? Je ne peux rien faire, m'adapter pour continuer à vivre dans ce pays, malheureusement. Je ne peux plus rien faire », se lamente auprès de l'AFP Eneyda Gomez, une retraitée de 71 ans. Son témoignage est le reflet d'une exaspération généralisée. « On a déjà atteint un niveau de stress insupportable, intenable, la population n'en peut plus », renchérit Pedro Martinez, 63 ans, qui ne voit pas de « solutions à moyen et à court terme ».

Au-delà de la simple privation d'électricité, c'est toute la vie quotidienne qui est asphyxiée : conservation des aliments, accès à l'eau potable (les pompes étant souvent électriques), fonctionnement des hôpitaux et des commerces. La crise énergétique aggrave une situation économique déjà dramatique, marquée par une inflation galopante et une pénurie de biens de première nécessité. La fuite des investissements étrangers, comme l'a récemment analysé la journaliste Annalisa Cappellini, prive également Cuba des devises nécessaires à l'importation de carburant.

Perspectives : une impasse énergétique aux conséquences humanitaires

La répétition des black-out, à un rythme quasi mensuel, interroge sur la capacité de l'État cubain à maintenir un service minimum. Le gouvernement de Miguel Díaz-Canel impute cette situation à l'embargo américain, renforcé sous l'administration Trump et maintenu par celle de Joe Biden. De l'autre côté, Washington estime que la crise est avant la conséquence de l'inefficacité du modèle économique cubain et de son isolement diplomatique.

Quoi qu'il en soit, l'urgence est humanitaire. Avec un réseau qui peine à dépasser 12 % de couverture dans la capitale après 24 heures de panne, Cuba se trouve dans une impasse énergétique dont les conséquences se mesurent en termes de santé publique et de cohésion sociale. Le pays, qui n'a pas connu de rétablissement complet et durable depuis des mois, semble condamné à une instabilité électrique chronique, tant que la question de l'approvisionnement en carburant ne sera pas résolue.