Crise agricole, avenir de la PAC, Ukraine… Interview avec le commissaire européen à l'Agriculture

## Crise agricole, avenir de la PAC, Ukraine… Interview avec le commissaire européen à l'Agriculture Alors que les tracteurs ont cessé de bloquer les routes eur
## Crise agricole, avenir de la PAC, Ukraine… Interview avec le commissaire européen à l'Agriculture
Alors que les tracteurs ont cessé de bloquer les routes européennes, les questions de fond demeurent. Le commissaire européen à l'Agriculture s'est prêté à l'exercice de l'interview sur BFM Business pour évoquer trois dossiers brûlants : la crise agricole, l'avenir de la Politique agricole commune (PAC) et les conséquences du conflit ukrainien sur les marchés céréaliers.
## Une colère agricole aux racines profondes
La crise agricole qui a secoué l'Europe ces derniers mois ne relève pas d'un simple mouvement d'humeur. Derrière les barrages et les blocages, des revendications structurelles : revenus en berne, normes environnementales jugées étouffantes, concurrence déloyale. Le commissaire a reconnu, au micro de BFM Business, la légitimité de certaines inquiétudes, tout en défendant l'architecture globale de la PAC. Selon lui, les aides directes restent un filet de sécurité indispensable pour des exploitations fragilisées par l'inflation et la volatilité des prix. Il a toutefois concédé que la simplification administrative constituait un chantier prioritaire, reconnaissant que la complexité des dossiers pesait lourdement sur les exploitants.
## L'avenir de la PAC en question
La Politique agricole commune, pilier budgétaire de l'Union, se trouve à un carrefour. Le commissaire a évoqué les discussions en cours sur l'après-2027, sans dévoiler l'ampleur exacte des arbitrages financiers. Il a insisté sur la nécessité de concilier souveraineté alimentaire et transition écologique — un équilibre délicat, alors que les États membres défendent des intérêts divergents. La question des jachères imposées, très contestée par le monde agricole, pourrait faire l'objet d'aménagements, a-t-il laissé entendre, au conditionnel. Les organisations syndicales agricoles, elles, attendent des actes plus que des annonces.
## L'Ukraine, un facteur de déstabilisation durable
Interrogé sur l'impact du conflit ukrainien, le commissaire a rappelé que les corridors solidaires mis en place par Bruxelles avaient permis d'exporter une partie des céréales ukrainiennes malgré le blocage des ports. Mais cette solidarité a un revers : la pression sur les prix dans les pays voisins, notamment en Pologne, en Roumanie et en Bulgarie, où les agriculteurs dénoncent une concurrence qu'ils estiment déloyale. Le commissaire a plaidé pour des mesures de sauvegarde ciblées, tout en réaffirmant le soutien de l'Union à Kiev. Un exercice d'équilibriste entre géopolitique et realpolitik agricole.
## Un dialogue à reconstruire
Au-delà des dossiers techniques, l'enjeu demeure politique. La défiance entre le monde agricole et les institutions européennes s'est installée durablement. Le commissaire a multiplié les appels au dialogue, évoquant des rencontres régulières avec les représentants du secteur. Reste à savoir si ces bonnes intentions suffiront à apaiser une colère qui, loin de retomber, couve sous la cendre. L'avenir de la PAC, comme la crédibilité de Bruxelles auprès du monde rural, se jouera dans les mois à venir. Une chose est sûre : l'agriculture européenne n'a plus le luxe d'attendre.