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Comment un éleveur lozérien est devenu "l’empoisonneur en série" des loups du Gévaudan

Une · · Par Claire BERNARD

Comment un éleveur lozérien est devenu

L’éleveur lozérien jugé pour l’empoisonnement de sept loups : le récit d’une dérive criminelle Ce mardi 23 juin 2026, le tribunal correctionnel de Mende a jugé

L’éleveur lozérien jugé pour l’empoisonnement de sept loups : le récit d’une dérive criminelle

Ce mardi 23 juin 2026, le tribunal correctionnel de Mende a jugé un éleveur lozérien reconnu coupable d’avoir empoisonné sept loups entre janvier et mars de la même année. Selon des informations rapportées par Midi Libre, les canidés sont morts après avoir ingéré des boulettes de viande imprégnées de mort-aux-rats, un poison violent et interdit d’usage dans ce contexte. Le prévenu, un agriculteur d’une cinquantaine d’années, a reconnu les faits lors de l’audience, invoquant la pression exercée par les attaques répétées de loups sur son cheptel ovin.

Un mode opératoire méthodique et délibéré

L’enquête, ouverte après la découverte des premiers cadavres de loups dans les environs de la commune de Saint-Chély-d’Apcher, a rapidement mis en lumière un schéma récurrent. Selon les éléments présentés par le parquet, l’éleveur aurait confectionné des appâts à base de viande hachée, mélangée à un raticide puissant, avant de les disposer sur des zones de passage identifiées des loups. Les analyses toxicologiques réalisées sur les dépouilles ont confirmé la présence de bromadiolone, un anticoagulant mortel, à des doses létales. Les sept spécimens, dont certains portaient des colliers de suivi GPS, faisaient partie de la population lupine du Gévaudan, une région historiquement marquée par la présence du canidé.

Le prévenu, qui élève environ 400 brebis sur une exploitation de moyenne montagne, a justifié son geste par un sentiment d’impuissance face aux prédations. D’après des sources proches du dossier, il aurait subi la perte de plusieurs dizaines d’ovins au cours des deux dernières années, malgré des mesures de protection renforcées (clôtures électrifiées, chiens de troupeau). Il aurait également sollicité sans succès des aides supplémentaires auprès de l’Office français de la biodiversité (OFB), estimant que les dispositifs d’indemnisation et de protection étaient insuffisants face à la recrudescence des attaques.

Une escalade face à un système jugé défaillant

L’affaire s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre éleveurs et défenseurs de la biodiversité dans le Massif central. Le loup, espèce protégée depuis 1992 par la Convention de Berne, a vu sa population augmenter significativement en France, passant d’une centaine d’individus en 2010 à près de 1 100 en 2025 selon les estimations de l’OFB. Cette expansion, notamment dans le sud de la Lozère et en Aubrac, a provoqué une multiplication des conflits avec les activités pastorales. Les mesures de protection, bien que subventionnées par l’État, ne parviennent pas toujours à endiguer les pertes, ce qui alimente un sentiment d’abandon chez certains agriculteurs.

L’éleveur lozérien, qui comparaissait libre, a exprimé des regrets tout en maintenant une forme de justification. « Je ne voulais pas tuer des loups pour le plaisir, mais pour protéger mon travail », a-t-il déclaré devant le tribunal, selon Midi Libre. Cependant, les magistrats ont souligné le caractère prémédité et dangereux de ses actes. L’empoisonnement, au-delà de la destruction d’une espèce protégée, expose également d’autres animaux sauvages et domestiques à un risque de contamination. Le parquet a requis une peine de 18 mois de prison avec sursis, assortie d’une interdiction de détenir des armes et de travailler avec des animaux pendant cinq ans.

Implications juridiques et écologiques

Cette affaire, qualifiée par certains médias locaux de « drame de la colère paysanne », soulève des questions sur l’efficacité des politiques de cohabitation entre élevage et grands prédateurs. Le loup, dont la présence est légalement encadrée par des arrêtés ministériels autorisant des tirs de défense sous conditions, reste une espèce strictement protégée. Tout acte de destruction intentionnelle est passible de trois ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende, selon l’article L.415-3 du Code de l’environnement. L’éleveur pourrait également être condamné à des dommages et intérêts envers les associations de protection de la nature, parties civiles dans ce dossier.

Le jugement, mis en délibéré, devrait être rendu dans les prochaines semaines. Cette décision pourrait faire jurisprudence dans une région où les tensions entre pastoralisme et réintroduction du loup ne cessent de s’accentuer. Alors que le plan national d’action sur le loup (2024-2029) prévoit une gestion plus flexible des tirs de prélèvement, des voix s’élèvent pour réclamer une révision du statut de protection de l’espèce. L’équilibre entre la préservation de la biodiversité et la viabilité économique des exploitations agricoles reste, plus que jamais, un sujet de débat brûlant dans les territoires ruraux français.