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Cocaïne : explosion des passages aux urgences, + 26 % en un an, plus de 6500 cas recensés, l’Occitanie n’est pas épargnée

Une · · Par Claire BERNARD

Cocaïne : explosion des passages aux urgences, + 26 % en un an, plus de 6500 cas recensés, l’Occitanie n’est pas épargnée

Cocaïne : explosion des passages aux urgences, + 26 % en un an, plus de 6 500 cas recensés, l’Occitanie n’est pas épargnée Le nombre de passages aux urgences li

Cocaïne : explosion des passages aux urgences, + 26 % en un an, plus de 6 500 cas recensés, l’Occitanie n’est pas épargnée

Le nombre de passages aux urgences liés à la consommation de cocaïne a connu une hausse spectaculaire de 26 % en un an, avec plus de 6 500 cas recensés sur l’ensemble du territoire français. Selon les données publiées ce lundi 8 juin par Santé publique France, cette tendance nationale se vérifie particulièrement en Occitanie, où le taux d’incidence dépasse la moyenne hexagonale, atteignant 40 passages pour 100 000, contre 34,7 pour 100 000 en moyenne en France.

Une hausse généralisée des admissions aux urgences

D’après le bilan de Santé publique France, l’augmentation des passages aux urgences pour intoxication aiguë à la cocaïne n’est pas un phénomène isolé. Il s’inscrit dans une dynamique plus large de progression des usages de substances psychoactives, observée depuis plusieurs années. Les données, collectées via le réseau Oscour (Organisation de la surveillance coordonnée des urgences), montrent que la cocaïne est désormais la deuxième substance la plus fréquemment impliquée dans les admissions pour intoxication médicamenteuse ou stupéfiante, derrière le cannabis mais devant les opiacés.

Les 6 500 cas recensés représentent un record absolu pour cette période de référence, confirmant une tendance à la hausse entamée avant la crise sanitaire. Selon des sources hospitalières interrogées par Midi Libre, cette explosion serait liée à une augmentation de la disponibilité du produit sur le marché, mais aussi à une baisse du prix moyen, rendant la cocaïne plus accessible. Les experts de Santé publique France soulignent également que la pureté moyenne de la cocaïne saisie a augmenté, ce qui pourrait expliquer une hausse des passages aux urgences pour des complications aiguës.

L’Occitanie, une région particulièrement touchée

En Occitanie, le constat est encore plus préoccupant. Avec un taux de 40 passages pour 100 000 passages aux urgences, la région se situe nettement au-dessus de la moyenne nationale de 34,7 pour 100 000. Ce chiffre, rapporté par Midi Libre, place l’Occitanie parmi les régions les plus exposées à ce phénomène, aux côtés de l’Île-de-France et de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les services d’urgences des CHU de Montpellier et de Toulouse auraient enregistré une augmentation notable des admissions pour des complications cardiaques, neurologiques ou psychiatriques liées à la cocaïne, selon des sources médicales locales.

Cette situation interroge les autorités sanitaires régionales. L’Agence régionale de santé (ARS) Occitanie a indiqué, dans un communiqué, suivre « avec attention » l’évolution de ces données et renforcer les dispositifs de prévention et de réduction des risques. Toutefois, les professionnels de terrain déplorent un manque de moyens pour faire face à cette hausse. Selon des médecins urgentistes de la région, les services sont déjà saturés par une demande croissante, et la prise en charge des intoxications à la cocaïne nécessite des compétences spécifiques et des lits de réanimation, rares.

Des profils de consommateurs en mutation

Les données de Santé publique France révèlent également une évolution dans le profil des personnes admises aux urgences. Si la cocaïne était historiquement associée à des usagers réguliers ou dépendants, les passages récents concernent de plus en plus de consommateurs occasionnels, parfois jeunes, victimes de surdoses accidentelles ou de réactions indésirables sévères. Selon le bilan, l’âge moyen des patients est en baisse, et la proportion de femmes augmente, passant de 18 % à 24 % des admissions en un an.

Cette mutation des usages pourrait être liée à la diversification des formes de consommation. La cocaïne sous forme de crack ou de « free base » est de plus en plus présente, avec des effets plus intenses et un risque accru de complications. Par ailleurs, la combinaison avec d’autres substances, notamment l’alcool ou les benzodiazépines, serait fréquente, compliquant le diagnostic et la prise en charge. Santé publique France appelle à une vigilance accrue des services d’urgence et à un renforcement des campagnes de prévention ciblant ces nouveaux profils.

Quelles perspectives pour la prévention ?

Face à cette explosion des passages aux urgences, les autorités sanitaires sont confrontées à un défi de taille. La hausse de 26 % en un an, si elle devait se poursuivre, risquerait de saturer davantage des services d’urgence déjà sous tension. Selon des experts en addictologie, des mesures structurelles sont nécessaires, notamment le déploiement de salles de consommation à moindre risque, l’élargissement de l’accès aux traitements de substitution et le renforcement des réseaux de soins en ville.

En Occitanie, des initiatives locales tentent de répondre à l’urgence. Des associations de réduction des risques, comme AIDES ou le CAARUD (Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues), multiplient les actions de terrain, mais leurs moyens restent limités. L’ARS Occitanie a annoncé le lancement prochain d’une campagne de sensibilisation dans les établissements scolaires et les lieux festifs, visant à informer sur les risques aigus de la cocaïne. Cependant, ces mesures pourraient ne pas suffire à endiguer la tendance, tant que l’offre et la demande continuent de croître.

La publication de ce bilan par Santé publique France relance le débat sur la politique de lutte contre les stupéfiants en France, entre répression et prévention. L’augmentation des passages aux urgences, reflet d’un usage plus répandu et plus risqué, appelle une réponse sanitaire à la hauteur des enjeux, sous peine de voir les services d’urgence submergés par une crise silencieuse mais bien réelle.