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Cinquante ans après, "les gens ont encore la guerre de la morue en tête": les pêcheurs islandais restent vent debout contre une adhésion à l'UE avant le référendum du jour sur la reprise des négociations

Economie · · Par Julie MOREAU

Cinquante ans après,

Cinquante ans après la dernière "guerre de la morue", le spectre d'une perte de souveraineté sur les zones de pêche hante toujours les Islandais. Samedi, les él

Cinquante ans après la dernière "guerre de la morue", le spectre d'une perte de souveraineté sur les zones de pêche hante toujours les Islandais. Samedi, les électeurs sont appelés aux urnes pour un référendum portant sur la reprise des négociations d'adhésion à l'Union européenne, un processus gelé depuis 2013. Dans les îles Vestmann, bastion de la pêche dans le sud du pays, l'opposition du secteur est farouche, nourrie par la mémoire des conflits qui ont opposé l'Islande au Royaume-Uni entre 1958 et 1976. ## Un référendum sous le signe de la mémoire collective Le scrutin de samedi ne porte pas directement sur une adhésion à l'UE, mais sur l'opportunité de rouvrir des discussions officielles avec Bruxelles. Pourtant, pour les pêcheurs islandais, la distinction est mince. Jon Atli Gunnarsson, capitaine du Gullberg, un chalutier pélagique bleu amarré au port des îles Vestmann, résume le sentiment général : "Nos prédécesseurs se sont battus pour obtenir cette zone de 200 milles autour de l'Islande. Nous avons un peu peur qu'en rejoignant l'Union européenne, nous devions céder une partie de ce que nous avons durement acquis." Cet homme de 58 ans avait huit ans lorsque l'Islande a remporté sa dernière confrontation maritime contre le Royaume-Uni. Un demi-siècle plus tard, il affirme que "les gens ont encore la guerre de la morue en tête", un conflit qui a profondément marqué l'identité nationale islandaise. Les "guerres de la morue" ont vu l'île élargir progressivement sa zone de pêche exclusive, de 12 à 50 puis à 200 milles nautiques, provoquant des éperonnages de navires, des destructions de filets et même des coups de canon de la part des Britanniques, avec le déploiement de la Royal Navy. ## Un secteur économique stratégique pour l'île La pêche constitue un pilier économique majeur pour l'Islande. Au-delà du cabillaud, qui a donné son nom aux conflits historiques, les eaux islandaises regorgent de hareng, de capelan et d'églefin. Les produits de la mer représentent une part considérable des exportations du pays, faisant de ce secteur un levier de richesse nationale et un symbole d'indépendance. Cette dépendance économique explique en grande partie la vigueur du rejet de toute ingérence extérieure dans la gestion des ressources halieutiques. La politique européenne de pêche, avec ses quotas répartis entre États membres, est perçue par les professionnels islandais comme une menace directe pour leur modèle. L'adhésion à l'UE impliquerait en effet un partage des zones de pêche et une négociation des quotas au niveau communautaire, une perspective jugée inacceptable pour ceux qui ont arraché ces droits de haute lutte aux Britanniques il y a cinquante ans. ## Une consultation aux enjeux géopolitiques élargis Le référendum de samedi intervient dans un contexte géopolitique tendu, où l'Arctique suscite des convoitises croissantes, notamment de la part des États-Unis. La position stratégique de l'Islande, entre l'Europe et l'Amérique du Nord, confère à ce scrutin une dimension qui dépasse la simple question de la pêche. Si la consultation ne lie pas formellement le gouvernement islandais, un vote négatif enverrait un signal clair sur la volonté du pays de préserver sa souveraineté dans un environnement international de plus en plus compétitif. Les sondages réalisés en amont du scrutin suggèrent une large opposition à la reprise des négociations, bien que les électeurs urbains de Reykjavik puissent exprimer un vote plus nuancé. Le secteur de la pêche, qui emploie directement et indirectement une part non négligeable de la population active, conserve une influence considérable sur l'opinion publique. ## Un avenir suspendu au verdict des urnes Au-delà du résultat immédiat, ce référendum cristallise une question existentielle pour l'Islande : comment concilier intégration européenne et préservation d'une identité nationale forgée dans la résistance aux puissances étrangères ? Les pêcheurs des îles Vestmann, comme Jon Atli Gunnarsson, incarnent cette mémoire vivante d'un peuple qui a su imposer sa vision face à un voisin autrement plus puissant. Le verdict des urnes sera connu dans la soirée de samedi. Quelle que soit l'issue, le débat sur la place de l'Islande en Europe et sur la gestion de ses ressources marines restera ouvert, dans un pays où la mer n'est pas seulement une activité économique mais un élément constitutif de la nation. Les négociations avec l'UE, si elles devaient reprendre, s'annonceraient longues et complexes, tant les positions semblent aujourd'hui irréconciliables entre Bruxelles et les pêcheurs islandais.