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Chine: comment Pékin se retrouve en position de force sur l'Iran

Monde · · Par Claire BERNARD

Chine: comment Pékin se retrouve en position de force sur l'Iran

Les menaces de nouvelles sanctions américaines contre l’Iran et ses soutiens ne semblent pas perturber Pékin. Alors que Donald Trump a appelé la Chine à rejoind

Les menaces de nouvelles sanctions américaines contre l’Iran et ses soutiens ne semblent pas perturber Pékin. Alors que Donald Trump a appelé la Chine à rejoindre sa politique de coercition économique contre Téhéran, le pays a rejeté cette proposition américaine. Même si Pékin, principal partenaire économique de l’Iran, pourrait en apparence craindre les menaces américaines de « sanctions sans précédents », les autorités chinoises semblent plutôt en position de force, selon des informations rapportées par RFI. ## Un refus net de la pression américaine D’après les éléments relayés par RFI, la réponse chinoise à l’administration Trump s’inscrit dans une logique de continuité diplomatique. Pékin n’a pas officiellement commenté les détails de l’échange, mais le rejet de la proposition américaine a été perçu comme un signal clair adressé à Washington. La Chine, qui entretient des relations économiques étroites avec Téhéran, notamment dans les secteurs pétrolier et industriel, considère que les sanctions unilatérales américaines ne sauraient dicter sa politique étrangère. Cette position s’expliquerait par plusieurs facteurs structurels. D’une part, la Chine dépend fortement des importations de pétrole iranien, qu’elle achète à des conditions avantageuses, souvent en contournant les mécanismes financiers internationaux dominés par les États-Unis. D’autre part, Pékin voit dans l’Iran un maillon essentiel de ses routes commerciales vers l’Asie centrale et le Moyen-Orient, dans le cadre de son initiative des Nouvelles routes de la soie. Selon des analystes cités par RFI, toute concession sur ce dossier affaiblirait la crédibilité de la Chine face à ses autres partenaires commerciaux. ## Une position de force fondée sur des intérêts mutuels La notion de « position de force » évoquée par RFI mérite d’être nuancée. En effet, la Chine ne dispose pas seulement d’un levier économique sur l’Iran ; elle bénéficie également d’une marge de manœuvre diplomatique que les États-Unis peinent à contrer. Les autorités chinoises ont multiplié les accords bilatéraux avec Téhéran, notamment un partenariat stratégique de 25 ans signé en 2021, qui couvre des domaines aussi variés que l’énergie, les infrastructures, la défense et la technologie. Cet accord, bien que non contraignant sur le plan militaire, ancre la présence chinoise dans la durée. Par ailleurs, la Chine pourrait tirer profit des tensions entre l’Iran et les puissances occidentales pour renforcer son rôle de médiateur régional. Pékin a d’ailleurs accueilli en mars 2023 des pourparlers entre l’Iran et l’Arabie saoudite, aboutissant à une reprise de leurs relations diplomatiques. Ce succès, largement salué, conforte l’image d’une Chine capable de stabiliser des zones de conflit sans recourir à la force, tout en élargissant son influence au détriment des États-Unis. ## Des risques persistants pour Pékin Toutefois, cette posture n’est pas exempte de risques. Les menaces américaines de « sanctions sans précédents » pourraient, si elles étaient mises à exécution, viser directement les entités chinoises qui commercent avec l’Iran. Les banques chinoises, déjà exposées aux restrictions américaines sur le dollar, pourraient subir des pressions accrues. Selon des observateurs internationaux, la Chine a toutefois développé des mécanismes de contournement, comme le recours aux monnaies locales dans ses échanges bilatéraux, afin de réduire sa dépendance au système financier occidental. Un autre facteur de vulnérabilité réside dans la volatilité de la situation au Moyen-Orient. Toute escalade militaire impliquant l’Iran aurait des répercussions directes sur les approvisionnements énergétiques chinois. Pékin pourrait alors se retrouver contraint de choisir entre la défense de ses intérêts économiques et la préservation de ses relations avec les puissances occidentales. Les autorités chinoises semblent toutefois parier sur une stratégie d’attente, misant sur l’épuisement diplomatique des États-Unis et sur la résilience de leurs propres réseaux commerciaux. ## Une recomposition des équilibres régionaux Au-delà du seul dossier iranien, cette situation illustre une recomposition plus large des équilibres géopolitiques. La Chine, en s’affirmant comme un partenaire fiable pour les pays sous sanctions, consolide son rôle de contrepoids à l’hégémonie américaine. Selon des experts en relations internationales, cette dynamique pourrait inciter d’autres nations, comme la Russie ou la Corée du Nord, à renforcer leurs coopérations avec Pékin, créant ainsi un bloc économique et diplomatique alternatif. Pour l’Iran, la dépendance accrue à la Chine représente une opportunité, mais aussi un risque de substitution de dépendance. Téhéran, qui cherche à diversifier ses partenaires, pourrait voir sa marge de manœuvre limitée par les exigences chinoises en matière de prix et de volumes d’exportation. Les négociations à venir entre les deux capitales seront donc déterminantes pour l’avenir de leur alliance. En définitive, la Chine semble avoir choisi de ne pas céder aux injonctions américaines, tout en laissant la porte ouverte à un dialogue. Cette posture, à la fois ferme et pragmatique, reflète la volonté de Pékin de défendre ses intérêts nationaux sans provoquer d’escalade inutile. L’évolution du dossier dépendra désormais des décisions de l’administration américaine, mais aussi de la capacité de la Chine à maintenir son cap face à une pression internationale croissante.