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Chassée militairement du Tchad, la France tente d'y revenir avec le Medef et 250 entreprises

Economie · · Par Julie MOREAU

Chassée militairement du Tchad, la France tente d'y revenir avec le Medef et 250 entreprises

## La France mise sur l'économie pour renouer avec N'Djamena Après avoir été écartée militairement du Tchad fin 2024, la France tente désormais de reconstruire

## La France mise sur l'économie pour renouer avec N'Djamena Après avoir été écartée militairement du Tchad fin 2024, la France tente désormais de reconstruire sa relation avec N'Djamena par le prisme économique. Le forum d'affaires France-Tchad, organisé par le Medef le 25 septembre dernier, a réuni 250 entreprises françaises autour d'un objectif clair : transformer une relation longtemps dominée par le volet sécuritaire en un partenariat commercial structuré. ## Une rupture militaire aux conséquences lourdes Les liens entre Paris et N'Djamena s'étaient brutalement dégradés en novembre 2024, lorsque les autorités tchadiennes ont annoncé la rupture soudaine de l'accord de défense qui liait les deux pays depuis 1960. Cette décision a mis fin à soixante ans de déploiement militaire français sur le sol tchadien, un pilier historique de la présence française au Sahel. Pour Paris, cette annonce constituait une nouvelle déconvenue stratégique dans une région où elle avait déjà été contrainte de quitter le Mali, le Burkina Faso et le Niger au cours des années précédentes. Isolée militairement, la France se retrouvait alors privée de son dernier point d'appui majeur dans la bande sahélienne, à un moment où sa position diplomatique dans la région était plus fragilisée que jamais. ## Le tournant diplomatique de janvier Le rapprochement entre les deux capitales a toutefois été amorcé dès janvier, à l'occasion d'un échange entre les présidents Emmanuel Macron et Mahamat Idriss Déby Itno. Cette reprise du dialogue a depuis donné lieu à une série de gestes concrets, notamment l'envoi de deux ministres tchadiens à Paris et la signature de protocoles d'accord couvrant des secteurs variés : l'élevage, la santé, les infrastructures et l'énergie. Le forum du 25 septembre s'inscrit dans cette dynamique. Selon une source française proche du dossier citée par BFM Business, l'ambition affichée est de « démilitariser » et de « diversifier » une relation trop longtemps centrée sur les questions de sécurité. « On veut montrer à Déby qu'on est sérieux quand on dit qu'on veut développer la relation économique », résume cette même source. ## Un plan tchadien ambitieux comme levier Côté tchadien, l'argument économique est loin d'être anecdotique. N'Djamena porte un plan de développement visant à mobiliser 30 milliards de dollars, soit environ 26,5 milliards d'euros, et à accroître son produit intérieur brut de 60 % d'ici 2030. Un objectif qui suppose des investissements massifs dans les infrastructures, l'énergie et les services, autant de domaines où les entreprises françaises entendent se positionner. L'ambassadrice du Tchad à Paris, Amina Priscille Longoh, présentée comme l'une des chevilles ouvrières de ce rapprochement, confirme auprès de l'AFP la qualité des échanges : « La dynamique est très bonne. Il y a des consultations très régulières et une considération sincère, on se sent écoutés. » En marge du forum, le ministre tchadien des Finances, Tahir Hamid Nguilin, a par ailleurs été reçu par son homologue français Roland Lescure, un signe supplémentaire de la volonté de part et d'autre d'ancrer la relation dans le concret. ## Une relation à reconstruire sur de nouvelles bases Le pari français repose donc sur une hypothèse simple : substituer à l'influence militaire une présence économique durable, portée par les entreprises et le Medef. Reste à savoir si cette stratégie suffira à compenser la perte d'un partenariat sécuritaire vieux de six décennies, dans une région où les puissances rivales — Russie, Turquie, Chine — multiplient également leurs offres. Pour Paris, l'enjeu dépasse le seul cas tchadien : il s'agit de démontrer qu'un retrait militaire n'équivaut pas à un abandon diplomatique.