"Ceux qui prenaient des taxis doivent maintenant les conduire": face à l’explosion de "l'économie des petits boulots", la Chine va renforcer les droits des livreurs de repas ou des chauffeurs VTC

## La Chine veut encadrer l'économie des « petits boulots » Un projet de réglementation rendu public jeudi par le ministère chinois des Ressources humaines et d
## La Chine veut encadrer l'économie des « petits boulots »
Un projet de réglementation rendu public jeudi par le ministère chinois des Ressources humaines et de la Sécurité sociale prévoit de renforcer les droits des 84 millions de travailleurs des plateformes numériques, rapporte BFM Business. Livreurs de repas, chauffeurs VTC et coursiers, longtemps laissés sans protection sociale, devraient désormais bénéficier d'un salaire minimum, d'une majoration de paie les jours fériés et d'un repos approprié.
## Une relation de travail enfin reconnue
Le texte, soumis à consultation publique jusqu'au 8 novembre, exige des plateformes internet qui « recrutent, organisent et encadrent des travailleurs » qu'elles reconnaissent formellement cette relation de travail. Concrètement, cela implique la signature de contrats de travail. Selon BFM Business, les travailleurs des plateformes ne bénéficieront toutefois pas des mêmes droits que ceux du secteur formel, mais cette reconnaissance constitue une avancée notable dans un pays où le statut de ces travailleurs restait flou.
Le professeur He Wenjiong, spécialiste de la sécurité sociale à l'université du Zhejiang, cité par le South China Morning Post, estime que « le gouvernement a enfin pris des mesures concernant les problèmes de sécurité professionnelle, qui n'ont que trop tardé, des travailleurs qui n'ont pas établi de relations de travail claires ».
## L'algorithme sous contrôle humain
Autre mesure phare : les décisions de suspension ou de fermeture de comptes des travailleurs ne pourront plus être prises automatiquement par les algorithmes des plateformes. Elles devront faire l'objet d'un examen humain. Cette disposition répond à une critique récurrente des syndicats et des observateurs, qui dénonçaient l'opacité et l'arbitraire des systèmes de notation automatisés régissant la vie professionnelle de millions de personnes.
## Des jeunes diplômés de plus en plus concernés
L'économie des « petits boulots » a considérablement augmenté en Chine et concerne de plus en plus des jeunes diplômés de l'enseignement supérieur. Le phénomène illustre une mutation du marché du travail : faute d'emplois stables correspondant à leurs qualifications, de nombreux diplômés se tournent vers la livraison ou le VTC. Ces travailleurs effectuent souvent de longues heures pour une rémunération jugée modeste au regard du temps investi, avec peu de protections.
Le titre de BFM Business résume la situation : « Ceux qui prenaient des taxis doivent maintenant les conduire ». Une formule qui traduit le déclassement social vécu par une partie de la jeunesse chinoise.
## Une adoption attendue sans difficulté
Comme c'est généralement le cas en Chine, le projet devrait être adopté sans difficulté après la consultation publique. Il doit avoir des conséquences positives pour les livreurs de repas, coursiers et chauffeurs, dont les conditions de travail sont régulièrement pointées du doigt. Reste à savoir comment les plateformes, notamment Didi ou les services d'Alibaba, appliqueront ces nouvelles règles, et si les contrats proposés offriront des garanties suffisantes. Le texte marque en tout cas une inflexion dans la doctrine chinoise, qui privilégiait jusqu'ici la flexibilité au détriment de la protection des travailleurs indépendants.