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Cette ville chinoise est la capitale de la guitare

Economie · · Par Julie MOREAU

Cette ville chinoise est la capitale de la guitare

## Zheng'an, l'usine à guitares qui équipe la planète Zheng'an, une petite ville de la province du Guizhou, dans le sud-ouest de la Chine, s'est imposée en quel

## Zheng'an, l'usine à guitares qui équipe la planète Zheng'an, une petite ville de la province du Guizhou, dans le sud-ouest de la Chine, s'est imposée en quelques décennies comme la première zone de production mondiale de guitares. Selon les informations relayées par BFM Business, cette cité autrefois tournée vers l'agriculture et l'artisanat modeste concentre aujourd'hui une part déterminante de la fabrication internationale d'instruments à cordes. Un basculement industriel spectaculaire, qui illustre à lui seul la recomposition des chaînes de valeur mondiales dans le secteur musical. ## Une reconversion industrielle venue de nulle part L'histoire de Zheng'an ressemble à celle de nombreuses villes chinoises de l'intérieur, passées en une génération d'une économie rurale à une spécialisation manufacturière de niche. À partir des années 1980 et 1990, des entrepreneurs locaux, souvent formés dans des usines de bois et de mobilier, se lancent dans la lutherie industrielle. Le coût de la main-d'œuvre, la disponibilité du bois et le soutien des autorités provinciales au développement économique ont créé les conditions d'un essor rapide. La montée en puissance de Zheng'an s'inscrit dans un mouvement plus large : la délocalisation, depuis l'Europe et les États-Unis, d'une partie de la production d'instruments à cordes vers l'Asie. Les marques occidentales, confrontées à des coûts de fabrication élevés, ont progressivement externalisé leurs gammes d'entrée et de milieu de gamme. Zheng'an a capté une part majeure de ce flux. ## Un volume de production qui dépasse l'entendement D'après les données relayées par BFM Business, la ville produit chaque année plusieurs millions de guitares, acoustiques comme électriques, destinées majoritairement à l'exportation. Cette capacité industrielle fait de Zheng'an un acteur incontournable : une part significative des guitares vendues dans le monde, notamment dans les segments accessibles, y serait fabriquée. Le modèle repose sur une concentration d'ateliers et d'usines, parfois de taille modeste, travaillant en sous-traitance pour des marques internationales ou développant leurs propres labels. Cette organisation en grappe industrielle, typique du sud de la Chine, permet de mutualiser les approvisionnements en bois, les finitions et la logistique d'exportation. ## Des questions de durabilité et de qualité Ce succès n'est pas sans controverse. La pression sur certaines essences de bois tropicaux, utilisées pour les tables et les manches, soulève des interrogations environnementales croissantes. Des organisations de défense des forêts pointent régulièrement la traçabilité incertaine de ces approvisionnements, un sujet qui concerne l'ensemble de la filière mondiale, pas seulement Zheng'an. Sur le plan qualitatif, les instruments issus de la ville ont longtemps souffert d'une réputation mitigée. La montée en gamme est toutefois réelle : plusieurs ateliers locaux investissent dans la formation de luthiers qualifiés et dans des finitions plus soignées, afin de concurrencer les productions mexicaines, indonésiennes ou coréennes. ## Un symbole de la mondialisation musicale Zheng'an incarne une réalité économique souvent ignorée du grand public : la guitare, instrument associé à la culture occidentale, est aujourd'hui massivement fabriquée en Chine. Cette dissociation entre l'imaginaire culturel d'un instrument et sa géographie de production interroge sur la manière dont se construisent les industries culturelles mondialisées. Pour les économistes, le cas de Zheng'an illustre la spécialisation par grappes industrielles, un modèle qui a permis à des territoires entiers de sortir de la pauvreté, mais qui reste vulnérable aux chocs de demande, aux tensions commerciales et aux exigences environnementales croissantes. La ville devra sans doute, à terme, choisir entre volume et valeur ajoutée.