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Cette interdiction "ruinerait" l'entreprise: l'UE veut interdire le transport de GNL russe, hors de question pour la Grèce qui veut protéger son armateur milliardaire

Economie · · Par Julie MOREAU

Cette interdiction

# L’UE face au veto grec : le transport de GNL russe au cœur des tensions Le 21e paquet de sanctions de l’Union européenne contre la Russie se heurte à un obsta

# L’UE face au veto grec : le transport de GNL russe au cœur des tensions Le 21e paquet de sanctions de l’Union européenne contre la Russie se heurte à un obstacle inattendu : la Grèce bloque son adoption pour protéger l’armateur milliardaire George Prokopiou, dont la compagnie Dynagas est l’un des principaux transporteurs mondiaux de gaz naturel liquéfié (GNL) russe. Athènes refuse de soutenir une interdiction qui empêcherait les compagnies européennes d’acheminer ce gaz vers des pays tiers comme la Chine ou l’Inde, estimant qu’une telle mesure "ruinerait" l’entreprise. ## Un blocage diplomatique à Bruxelles Selon le Financial Times, la Grèce retarde l’adoption du 21e paquet de sanctions de l’Union européenne contre la Russie. Lors d’une réunion des ambassadeurs de l’UE mercredi, le représentant grec a expliqué que l’interdiction envisagée du transport de GNL russe vers des pays tiers mettrait en péril Dynagas, l’armateur grec spécialisé dans le transport de gaz depuis l’usine arctique de Yamal, située dans le nord de la Sibérie. Les sanctions nécessitant l’unanimité des États membres, cette opposition bloque pour l’instant l’ensemble du paquet. Le cœur du différend porte sur une nouvelle interdiction visant les prestations de transport maritime, et non les achats de gaz par l’Union européenne elle-même. Le projet prévoit que les compagnies maritimes établies dans l’UE ne puissent plus transporter de GNL russe vers des pays tiers, même lorsque ces cargaisons ne sont pas destinées au marché européen. L’objectif affiché est de priver Moscou d’une partie des services logistiques occidentaux qui lui permettent de continuer à exporter son gaz vers des marchés asiatiques en pleine croissance. ## Dynagas, un acteur stratégique menacé L’entreprise contrôlée par le milliardaire grec George Prokopiou exploite 27 méthaniers, dont un tiers de la flotte mondiale de navires Arc7, des bâtiments spécialement conçus pour naviguer dans les glaces de l’Arctique et desservir le gigantesque complexe gazier de Yamal. Cette flotte représente un investissement considérable, estimé à plusieurs milliards d’euros, et dépend presque exclusivement des exportations russes de GNL vers l’Asie. Pour Athènes, une interdiction du transport de GNL russe vers des pays tiers aurait des conséquences catastrophiques sur l’activité de Dynagas. "L’interdiction envisagée ruinerait Dynagas", aurait expliqué le représentant grec lors de la réunion des ambassadeurs. La compagnie, dont les navires sont spécialement adaptés aux conditions extrêmes de l’Arctique, ne pourrait pas reconvertir facilement sa flotte vers d’autres routes maritimes ou d’autres clients. ## Un enjeu géopolitique et économique Cette opposition grecque soulève des questions plus larges sur l’efficacité et la cohérence des sanctions européennes. D’un côté, l’UE cherche à réduire les revenus énergétiques de la Russie, qui financent en partie son effort de guerre en Ukraine. De l’autre, certains États membres, comme la Grèce, disposent d’intérêts économiques majeurs liés au transport maritime russe. Le cas de Dynagas illustre la complexité des relations entre les intérêts nationaux et les objectifs géopolitiques européens. La Grèce, qui possède l’une des plus grandes flottes marchandes au monde, compte de nombreux armateurs dont les activités sont liées au commerce international, y compris avec la Russie. Protéger ces acteurs économiques devient un enjeu politique sensible pour le gouvernement grec, qui doit concilier solidarité européenne et défense de ses entreprises stratégiques. ## Perspectives et compromis possibles La question du transport de GNL russe vers des pays tiers devrait continuer à alimenter les discussions entre les États membres dans les semaines à venir. Plusieurs scénarios sont envisagés : un compromis pourrait être trouvé avec des exemptions temporaires ou des délais de mise en œuvre plus longs pour permettre aux entreprises comme Dynagas de s’adapter. Une autre option consisterait à limiter l’interdiction aux seuls contrats de long terme, laissant une marge de manœuvre aux transporteurs déjà engagés. Quelle que soit l’issue, ce bras de fer diplomatique met en lumière les limites du mécanisme de l’unanimité dans la prise de décision européenne en matière de sanctions. Alors que l’UE cherche à maintenir une pression constante sur Moscou, les intérêts économiques nationaux continuent de freiner l’adoption de mesures plus radicales, particulièrement dans le secteur énergétique où les dépendances et les investissements croisés restent importants.