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Ces entreprises britanniques veulent vite virer leurs cadres les moins productifs avant que les indemnités de licenciements abusifs ne soient déplafonnées

Economie · · Par Julie MOREAU

Ces entreprises britanniques veulent vite virer leurs cadres les moins productifs avant que les indemnités de licenciements abusifs ne soient déplafonnées

Changement de cap juridique : les entreprises britanniques pressent le pas sur les licenciements avant le déplafonnement des indemnités Au Royaume-Uni, une réfo

Changement de cap juridique : les entreprises britanniques pressent le pas sur les licenciements avant le déplafonnement des indemnités

Au Royaume-Uni, une réforme du droit du travail s’apprête à bouleverser les équilibres économiques entre employeurs et cadres dirigeants. À compter du 1er janvier 2027, les indemnités versées en cas de licenciement abusif ne seront plus plafonnées, supprimant le seuil actuel fixé à 123.543 livres sterling. Cette évolution législative, qui s’inscrit dans un projet de loi plus large de protection des droits des salariés, pousse déjà de nombreuses entreprises à anticiper : elles accélèrent les procédures de licenciement de leurs cadres jugés les moins productifs, avant que la facture ne devienne potentiellement exponentielle.

Une réforme qui abaisse le seuil d’ancienneté et supprime le plafond

Actuellement, un salarié britannique doit justifier de deux ans d’ancienneté pour être éligible à des indemnités en cas de licenciement abusif. Le montant maximum est quant à lui plafonné au plus faible entre le salaire annuel du salarié et 123.543 livres sterling. La réforme prévue pour janvier 2027 réduit ce délai d’ancienneté à six mois seulement — un assouplissement significatif par rapport à la proposition initiale du gouvernement, qui envisageait un droit aux indemnités dès le premier jour de travail. Surtout, le nouveau dispositif supprime tout plafond indemnitaire. Les juges pourront ainsi fixer des montants bien plus élevés, notamment pour les cadres supérieurs dont les rémunérations annuelles dépassent déjà largement le plafond actuel. Ce changement ouvre la voie à des contentieux potentiellement très coûteux pour les employeurs, en particulier dans les secteurs à hauts salaires.

Des entreprises qui anticipent en accélérant les licenciements

Face à cette perspective, les entreprises britanniques réagissent avec une certaine urgence. Selon plusieurs avocats interrogés par le Financial Times, les directions RH et les services juridiques sont en alerte. "Ils essaient d’éliminer les éléments improductifs au sein des équipes dirigeantes avant que cela ne coûte plus cher", a déclaré Alex Mizzi, directeur juridique de l’équipe droit du travail chez Howard Kennedy. Cette stratégie vise à se séparer des cadres sous-performants avant que le nouveau régime indemnitaire ne soit en vigueur, évitant ainsi des indemnités potentiellement déplafonnées. Les cabinets d’avocats constatent une forte hausse des demandes de conseil sur les moyens de licencier rapidement et dans les règles, tout en minimisant les risques de contentieux futurs.

La finance et la technologie en première ligne

Les secteurs les plus concernés sont ceux où les rémunérations sont les plus élevées, à savoir la finance et la technologie. Michael Burd, associé consultant chez Lewis Silkin, a indiqué au FT que son cabinet recevait "un grand nombre de demandes" d’employeurs de ces secteurs. Ces derniers cherchent notamment à "accélérer les licenciements des employés sous-performants qui auront l’ancienneté requise avant la fin de l’année". La logique est simple : en agissant avant 2027, les entreprises s’assurent de rester sous le régime actuel, où le plafond indemnitaire limite leur exposition financière. Dans la finance londonienne, où les bonus annuels peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers de livres, le risque d’un licenciement abusif sans plafond est particulièrement élevé. Les directions financières et les comités de rémunération sont donc en première ligne pour identifier les cadres à risque et programmer leur départ.

Une fenêtre de tir de moins de deux ans

Pour les entreprises, le calendrier est serré. La réforme entrera en vigueur dans moins de deux ans, et les procédures de licenciement doivent être bouclées avant cette date pour bénéficier de l’ancien régime. Cela implique de mener des évaluations de performance, de documenter les motifs de licenciement et de négocier des départs, le tout dans un délai contraint. Certains observateurs estiment que cette précipitation pourrait elle-même générer des contentieux, si les procédures sont bâclées ou perçues comme abusives. Mais pour les entreprises, le calcul est clair : mieux vaut prendre le risque d’un litige sous le régime actuel, avec un plafond connu, que d’affronter un jugement potentiellement sans limite à partir de 2027.

Un enjeu de compétitivité et de climat social

Au-delà des aspects juridiques, cette réforme pose une question plus large sur l’équilibre entre flexibilité pour les employeurs et protection des salariés. Le Royaume-Uni a longtemps été perçu comme un marché du travail plus flexible que celui de l’Europe continentale. Le nouveau dispositif pourrait renforcer la sécurité des cadres, mais aussi alourdir les coûts de gestion des ressources humaines. À l’inverse, l’anticipation des licenciements massifs de cadres pourrait fragiliser le climat social et nuire à la rétention des talents. Les entreprises devront naviguer entre ces contraintes, tout en se préparant à un environnement juridique plus exigeant. La réforme, si elle est adoptée sans modification, marquera un tournant notable dans le droit du travail britannique, avec des répercussions économiques et sociales qui se feront sentir bien au-delà de 2027.