Certains automobilistes attendent deux heures sans réussir à faire le plein: malgré d'immenses réserves de pétrole, les pénuries de carburant liées à la guerre au Moyen-Orient provoquent de longues files d'attente devant les stations-service en Irak

Pénurie d’essence en Irak : des files d’attente interminables malgré des réserves de pétrole massives Alors que l’Irak se positionne comme le deuxième producteu
Pénurie d’essence en Irak : des files d’attente interminables malgré des réserves de pétrole massives
Alors que l’Irak se positionne comme le deuxième producteur de pétrole brut au sein de l’Opep, le pays fait face à une contradiction flagrante : des pénuries d’essence qui contraignent les automobilistes de Bagdad à patienter parfois deux heures devant les stations-service, sans garantie d’obtenir du carburant. Ce paradoxe trouve son origine dans des perturbations logistiques liées au conflit régional au Moyen-Orient, qui entravent les importations de produits pétroliers raffinés, indispensables à la consommation intérieure irakienne.
Un paradoxe structurel : producteur majeur, mais raffineur insuffisant
La situation actuelle met en lumière une fragilité chronique de l’économie irakienne. Malgré sa production massive de pétrole brut, le pays ne dispose pas d’une capacité de raffinage suffisante pour couvrir les besoins quotidiens de sa population en essence. Cette dépendance aux importations de produits pétroliers rend l’Irak particulièrement vulnérable aux chocs exogènes. Selon les informations rapportées par BFM Business, les autorités locales évaluent la consommation quotidienne moyenne d’essence à environ 33 millions de litres. Toutefois, ce chiffre peut grimper jusqu’à 38 millions de litres lorsque la population, anticipant une pénurie, se rue dans les stations-service pour constituer des réserves. Ce comportement spéculatif amplifie mécaniquement la tension sur un réseau d’approvisionnement déjà sous pression.
Des difficultés logistiques imputées au conflit régional
Les perturbations actuelles ne relèvent pas d’un manque de matière première, mais d’un problème d’acheminement. Le ministère irakien du Pétrole a officiellement prévenu, vendredi, que « les événements régionaux et le conflit en cours entraînent des difficultés logistiques pour le transport maritime des carburants, retardant leur arrivée dans les ports irakiens ». Cette déclaration, relayée par l’agence de presse, pointe du doigt les tensions qui sévissent au Moyen-Orient, notamment les risques de paralysie du trafic dans le détroit d’Ormuz, une voie maritime cruciale pour le transit des hydrocarbures. Les retards accumulés dans les ports irakiens ont progressivement vidé les stocks locaux, provoquant la réapparition de longues files d’attente devant les stations-service publiques de Bagdad et dans d’autres provinces ces dernières semaines.
Le quotidien éprouvant des automobilistes bagdadis
Le témoignage d’Ibrahim Hashem, un habitant de la capitale, illustre l’ampleur de la crise. Vendredi, cet automobiliste a attendu deux heures devant une station-service sans parvenir à faire le plein, avant de revenir tôt le lendemain matin pour tenter sa chance. « Il est absurde que nous produisions autant de barils de pétrole par jour et que nous n’ayons toujours pas assez d’essence pour répondre à nos besoins quotidiens », a-t-il confié à l’AFP, résumant le sentiment d’incompréhension et de frustration qui gagne la population. Face à cette situation, le ministre du Pétrole, Bassem Mohammed Khudair, a lancé un appel à la responsabilité, exhortant les habitants à n’acheter que les quantités strictement nécessaires et à éviter de se précipiter dans les stations-service pour de petites quantités d’essence, une pratique qui ne fait qu’aggraver la congestion et l’épuisement des stocks.
Un appel à la modération face à un risque de crise durable
Si les autorités tentent de rassurer sur la capacité du pays à surmonter cette passe difficile, la persistance des hostilités dans la région laisse planer une incertitude sur la durée de ces perturbations. La dépendance structurelle de l’Irak aux importations de produits raffinés, combinée à un contexte géopolitique instable, constitue un défi majeur pour la sécurité énergétique du pays. La gestion de cette pénurie, qui relève à la fois de la logistique internationale et du comportement des consommateurs, sera déterminante pour éviter une dégradation plus profonde de la situation. L’enjeu pour Bagdad est double : rétablir un approvisionnement fluide à court terme, tout en réfléchissant, à plus long terme, à la modernisation de ses infrastructures de raffinage afin de réduire une vulnérabilité que chaque crise régionale ne manque pas de rappeler.