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«Cela détruit le pays»: en Ukraine, les frappes russes ciblent les livres et les manuels scolaires

Monde · · Par Claire BERNARD

«Cela détruit le pays»: en Ukraine, les frappes russes ciblent les livres et les manuels scolaires

Alors que les frappes russes continuent de s'abattre sur l'Ukraine, les drones et les missiles ne font pas uniquement des victimes humaines ; ils ciblent égalem

Alors que les frappes russes continuent de s'abattre sur l'Ukraine, les drones et les missiles ne font pas uniquement des victimes humaines ; ils ciblent également le patrimoine culturel et intellectuel du pays. Selon des informations rapportées par RFI, chaque année, l'Ukraine publie environ 25 millions de livres, mais depuis le début de l'été, la Russie en aurait détruit plus de 9,5 millions. La dernière attaque de ce type s'est produite à Kharkiv, le 1er août dernier, où un entrepôt de livres a été entièrement détruit par un bombardement. ## Une stratégie de destruction ciblée Cette destruction massive de livres et de manuels scolaires ne relève pas de dommages collatéraux, mais semblerait s'inscrire dans une stratégie délibérée visant à éradiquer l'identité culturelle ukrainienne. D'après des sources gouvernementales ukrainiennes, les frappes visent spécifiquement les infrastructures liées à l'édition, à l'éducation et à la conservation du savoir. Les entrepôts de livres, les imprimeries et les bibliothèques figurent parmi les cibles privilégiées de l'armée russe. Cette approche méthodique soulève des inquiétudes quant à la volonté de Moscou d'effacer toute trace de la production intellectuelle ukrainienne, un phénomène que certains experts comparent à un "bibliocide" planifié. L'attaque de Kharkiv, qui a réduit en cendres un important dépôt de livres, illustre cette dynamique. Les autorités locales ont confirmé l'ampleur des dégâts, évoquant des pertes irréversibles pour le patrimoine littéraire de la région. Les éditeurs, déjà fragilisés par le conflit, se trouvent confrontés à une double peine : la destruction physique de leurs stocks et la difficulté croissante à maintenir une activité éditoriale dans un contexte de guerre. Cette situation compromet gravement la diffusion du savoir et de la culture dans un pays où la lecture occupe pourtant une place centrale dans la vie sociale. ## Un impact dévastateur sur l'éducation Au-delà de la perte matérielle, ce sont les conséquences éducatives qui inquiètent le plus les observateurs. La destruction de manuels scolaires prive en effet des milliers d'enfants ukrainiens de leurs outils d'apprentissage. Selon le ministère ukrainien de l'Éducation, des dizaines de milliers d'élèves seraient désormais privés de manuels dans les matières fondamentales telles que les mathématiques, l'histoire ou la littérature. Cette pénurie contraint les enseignants à improviser des solutions alternatives, souvent dans des conditions déjà extrêmement difficiles. Par ailleurs, cette stratégie de destruction affecte également les universités et les centres de recherche. De nombreux ouvrages scientifiques et techniques, irremplaçables, ont été réduits en cendres. Les chercheurs ukrainiens, qui subissent déjà les conséquences de l'exode de leurs collègues vers l'étranger, voient leurs capacités de travail encore plus réduites. Cette perte de capital intellectuel pourrait avoir des répercussions à long terme sur la capacité du pays à se reconstruire et à former une nouvelle génération de citoyens éduqués et éclairés. ## Une riposte culturelle face à l'adversité Face à cette offensive contre la culture, les éditeurs et les acteurs du secteur du livre ukrainien tentent de s'organiser pour sauver ce qui peut l'être. Des initiatives de numérisation de masse ont été lancées, afin de préserver au moins une partie du contenu sous forme électronique. Des campagnes de dons internationaux, relayées par des organisations non gouvernementales, permettent également d'acheminer de nouveaux livres vers les zones les plus touchées. Toutefois, ces efforts, bien que louables, ne sauraient compenser la perte de millions d'ouvrages imprimés. Le président ukrainien a dénoncé à plusieurs reprises ces frappes contre les infrastructures culturelles, les qualifiant de crimes de guerre. Des organisations internationales, telles que l'UNESCO, ont également exprimé leur préoccupation et ont appelé à la protection du patrimoine culturel en temps de conflit. Cependant, sur le terrain, la réalité demeure brutale : chaque semaine, de nouveaux titres disparaissent dans les flammes. Alors que l'hiver approche et que les bombardements semblent s'intensifier, la question de la préservation de la mémoire collective ukrainienne se pose avec une acuité renouvelée. La destruction de ces livres ne prive pas seulement les Ukrainiens d'aujourd'hui ; elle compromet également la transmission de leur histoire et de leur langue aux générations futures.