Ce panier vaut 52 euros, il en coûterait 71 sans les négociations: Leclerc, Carrefour, Intermarché et les autres ont peur que le Parlement les empêche de faire baisser les prix

# Négociations commerciales : la grande distribution monte au créneau pour défendre son rôle de protectrice du pouvoir d'achat Les grandes enseignes françaises,
# Négociations commerciales : la grande distribution monte au créneau pour défendre son rôle de protectrice du pouvoir d'achat
Les grandes enseignes françaises, d'E. Leclerc à Carrefour en passant par Intermarché, lancent une campagne de communication inédite ce lundi pour alerter le Parlement contre des amendements qui, selon elles, menaceraient leur capacité à faire baisser les prix. Sur une affiche qui sera déployée dans la presse et à l'entrée des magasins, les distributeurs comparent un panier de 12 produits de grande consommation à 52,12 euros après négociations, contre 71,49 euros sans ces discussions, soit une différence de 37%. Une démonstration choc qui intervient alors que les députés examinent des textes susceptibles de restreindre leurs pratiques dans les négociations annuelles avec les industriels.
## Un mécanisme de négociation sous pression législative
Chaque année, du 1er décembre au 1er mars, supermarchés et fournisseurs agro-alimentaires mènent des négociations réputées brutales qui déterminent in fine les prix en rayon, hors marques propres des distributeurs. "Si demain la loi nous interdit de négocier les prix, qui protégera votre pouvoir d'achat ?", interrogent E. Leclerc, Carrefour, Intermarché, Coopérative U, Auchan et la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) sur leur affiche. Selon elles, un "empilement" de mesures législatives restreindrait leur capacité de négociation. Pour étayer leur chiffre de 37% d'écart, les enseignes ont transmis leurs "propres données séparément et confidentiellement à un tiers indépendant", incluant les hausses de tarifs réclamées par les industriels avant chaque négociation depuis 2021. Ce calcul, basé sur une sélection de 12 produits emblématiques comme Coca-Cola, le café Carte Noire, Nutella ou les biscuits Petit écolier de Lu, vise à démontrer l'impact direct des négociations sur le portefeuille des consommateurs.
## Des pratiques contestées par un rapport parlementaire
Cette offensive intervient dans un contexte où un rapport parlementaire a récemment décrié certaines pratiques des distributeurs. "Dans une période où les Français restent profondément marqués par l'inflation alimentaire, de près de 25% sur les dernières années, toute décision qui affaiblirait encore plus notre capacité de négociation se traduirait à la fin par des prix plus élevés", plaident les enseignes. Le rapport parlementaire, dont les conclusions n'ont pas été rendues publiques dans leur intégralité, pointerait du doigt des méthodes jugées agressives dans les négociations, notamment des demandes de baisses de prix unilatérales ou des pénalités jugées excessives. Les distributeurs redoutent que les amendements en discussion au Parlement ne viennent encadrer plus strictement ces échanges, réduisant leur marge de manœuvre face aux industriels. Un enjeu crucial alors que l'inflation alimentaire a atteint près de 25% cumulés sur les dernières années, selon les données citées par les enseignes elles-mêmes.
## Un bras de fer entre distributeurs et industriels
La campagne des grandes surfaces s'inscrit dans un bras de fer plus large avec les fournisseurs agro-alimentaires, qui dénoncent de leur côté des pressions excessives. Les industriels estiment que les distributeurs répercutent sur eux les exigences de baisse de prix sans tenir compte de la hausse de leurs propres coûts de production, notamment ceux liés aux matières premières, à l'énergie et au transport. Les amendements examinés par le Parlement viseraient à rééquilibrer ces relations, en interdisant certaines pratiques comme les "pénalités logistiques" ou les "remises arrière" jugées opaques. Pour les enseignes, ces restrictions risquent de figer les prix à un niveau élevé, au détriment des consommateurs. "Sans négociations, ce panier coûterait 37% plus cher", insistent-elles dans leur communiqué commun, espérant convaincre les parlementaires de ne pas adopter ces mesures.
## Un enjeu politique et économique majeur
Alors que le pouvoir d'achat reste la préoccupation numéro un des Français, cette campagne intervient à un moment sensible. Les distributeurs jouent la carte de la transparence en exposant publiquement l'impact de leurs négociations, mais les critiques sur leur marge bénéficiaire persistent. Selon des données sectorielles, les marges des grandes enseignes oscillent généralement entre 2% et 4% du chiffre d'affaires, un niveau relativement faible comparé à d'autres secteurs. Cependant, les associations de consommateurs pointent régulièrement des disparités de prix entre magasins et des pratiques de "yoyo" promotionnel qui peuvent masquer des hausses réelles. L'issue des débats parlementaires sera déterminante : si les amendements sont adoptés, les distributeurs devront revoir leurs méthodes de négociation, avec des conséquences potentielles sur les prix en rayons. À l'inverse, si le statu quo est maintenu, les industriels dénonceront un déséquilibre persistant. Une chose est sûre : dans ce jeu de poker menteur entre acteurs économiques, ce sont bien les consommateurs qui attendent des réponses concrètes sur leur pouvoir d'achat.