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Ce n'était plus arrivé depuis 2012: l'écart entre les taux d'emprunt de la France et de l'Allemagne dépasse un point de pourcentage

Economie · · Par Julie MOREAU

Ce n'était plus arrivé depuis 2012: l'écart entre les taux d'emprunt de la France et de l'Allemagne dépasse un point de pourcentage

## Le "spread" franco-allemand franchit la barre symbolique du point L'écart entre les taux d'emprunt à dix ans de la France et de l'Allemagne a dépassé un poin

## Le "spread" franco-allemand franchit la barre symbolique du point L'écart entre les taux d'emprunt à dix ans de la France et de l'Allemagne a dépassé un point de pourcentage ce vendredi, une configuration qui n'avait plus été observée depuis 2012. Selon les données de Bloomberg, l'obligation française à dix ans s'affichait à 4,5% à la mi-journée, contre 3,5% pour son équivalente allemande, le Bund. ## Un indicateur de défiance spécifique Ce différentiel, communément appelé "spread", constitue un thermomètre de la confiance des investisseurs envers la signature d'un État. Il mesure le surcoût que doit consentir un pays pour se financer par rapport à la référence allemande, considérée comme l'actif le plus sûr de la zone euro. Le franchissement du seuil d'un point traduit donc une méfiance qui ne concerne pas seulement la trajectoire générale des taux, mais bien la dette française en particulier. L'évolution est d'autant plus marquée que le contexte s'est dégradé rapidement. Le spread oscillait encore autour de 0,8 point de pourcentage en septembre 2025. Avant la dissolution de l'Assemblée nationale au printemps 2024, il se maintenait autour de 0,4 point. En l'espace de deux ans, l'écart avec l'Allemagne a donc plus que doublé, signe d'une dégradation progressive de la perception du risque français. ## La France emprunte plus cher que la Grèce et l'Italie Fait notable, la France se finance désormais à des coûts plus élevés que d'autres pays de la zone euro, notamment la Grèce et l'Italie. Ces deux États, longtemps considérés comme les maillons faibles de la monnaie unique, bénéficient aujourd'hui d'une meilleure appréciation des marchés. Ce basculement illustre l'ampleur du doute qui pèse sur la trajectoire budgétaire française. La hausse générale des taux d'emprunt observée depuis plusieurs semaines dans la zone euro ne suffit pas à expliquer ce phénomène. Si la plupart des pays empruntent plus cher, l'élargissement du spread franco-allemand révèle une défiance qui vise spécifiquement la dette tricolore. Les investisseurs semblent ainsi intégrer une prime de risque propre à la France, liée aux incertitudes entourant ses finances publiques. ## La Banque de France tente de rassurer Face à ce mouvement, la Banque de France s'est voulue rassurante cette semaine. Son gouverneur, Emmanuel Moulin, a affirmé mardi lors d'un point presse que la dette française restait "très attractive" et qu'il n'existait "pas de craintes sur le financement de l'État". Il a reconnu que les taux d'emprunt actuels étaient "les plus élevés depuis 2008", tout en rappelant que "dans les années 90, on empruntait autour de 10%". Cet argument vise à relativiser le niveau actuel des taux en le replaçant dans une perspective historique plus longue. Il n'en demeure pas moins que le franchissement du seuil d'un point de spread constitue un signal que les marchés adressent aux autorités françaises. ## Un enjeu budgétaire de premier plan Le renchérissement du coût de la dette pèse directement sur les finances publiques. Chaque point supplémentaire de taux se traduit, à terme, par des charges d'intérêts accrues dans le budget de l'État, réduisant d'autant les marges de manœuvre disponibles pour d'autres dépenses. Dans un contexte où la France affiche déjà un déficit et une dette parmi les plus élevés de la zone euro, cette dynamique alimente les inquiétudes. Le retour du spread au-dessus du point, douze ans après la crise de la zone euro, marque une étape symbolique. Il appartient désormais au gouvernement de convaincre les investisseurs de la soutenabilité de sa trajectoire budgétaire, faute de quoi le financement de la dette française pourrait continuer de se renchérir.