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Ce n'est pas écrit sur l'étiquette mais les éleveurs de saumons nourrissent leurs poissons avec du foie, de la cervelle ou des os de poulet

Economie · · Par Julie MOREAU

Ce n'est pas écrit sur l'étiquette mais les éleveurs de saumons nourrissent leurs poissons avec du foie, de la cervelle ou des os de poulet

## Le saumon d'élevage nourri à la farine de poulet : une réalité invisible sur les étiquettes Les saumons vendus dans les supermarchés français ne sont pas tou

## Le saumon d'élevage nourri à la farine de poulet : une réalité invisible sur les étiquettes Les saumons vendus dans les supermarchés français ne sont pas toujours nourris comme les consommateurs l'imaginent. Depuis l'été, plusieurs grands producteurs européens de saumon d'élevage ont commencé à remplacer la farine de poisson par de la farine de volaille dans l'alimentation de leurs poissons, rapporte BFM Business, citant des informations du Financial Times. Un changement d'alimentation qui n'apparaît nulle part sur les étiquettes destinées au grand public. ## Une composition qui interroge La farine de poulet utilisée dans ces élevages n'est pas composée de filets de volaille. Elle est élaborée à partir de produits considérés comme impropres à la consommation humaine : os, foie, cervelle. Ces co-produits de l'industrie avicole sont broyés et transformés en farine protéinée, ensuite intégrée à l'alimentation des saumons d'élevage. Le procédé n'est pas nouveau dans le monde de l'aquaculture, mais son adoption à grande échelle par les principaux acteurs européens constitue une évolution notable. Les consommateurs, eux, ne sont pas tenus d'être informés de cette substitution : aucune réglementation n'impose de mentionner l'origine des protéines utilisées pour nourrir les poissons d'élevage. ## Un arbitrage avant tout économique Si les industriels mettent en avant un argument écologique, la motivation première semble bien financière. La farine de poisson a vu son prix doubler en deux ans, selon les éléments rapportés par BFM Business. La farine de volaille, elle, est deux fois moins chère. Pour des groupes comme Leroy Seafood Group, l'un des concurrents majeurs du secteur, le calcul est simple : « Compte tenu de l'ampleur de nos activités, nous avions besoin d'une solution de remplacement à la farine de poisson », a expliqué Jørgen Skeide, responsable de l'alimentation animale du groupe, au Financial Times. « La farine de volaille était la seule matière première qui répondait à tous ces critères. » Mowi, plus grand éleveur de saumons au monde, présent dans toutes les chaînes d'hypermarchés françaises via ses clients Labeyrie ou Delpeyrat, prévoit également de passer le pas. ## Les raisons d'une pénurie annoncée La raréfaction de la farine de poisson s'explique par plusieurs facteurs concomitants. La demande chinoise en espèces marines destinées à la production de farine ne cesse de croître, réduisant les volumes disponibles pour les autres marchés. À cela s'ajoute l'épisode El Niño, exceptionnellement intense cette année, qui a perturbé la pêche au large du Pérou. Or, ce pays produit à lui seul un cinquième de la farine de poisson mondiale. Ces tensions sur l'offre ont mécaniquement fait grimper les prix, poussant les éleveurs à chercher des alternatives crédibles et moins coûteuses. ## Un enjeu de transparence pour la filière La question de l'information du consommateur reste entière. Rien n'oblige aujourd'hui les producteurs à indiquer la composition de l'alimentation de leurs saumons. Cette opacité pourrait toutefois poser problème à mesure que les pratiques se généralisent. Le marché du poulet, lui, poursuit sa croissance, ce qui garantit aux industriels un approvisionnement stable en co-produits. Reste à savoir si les consommateurs, une fois informés de ces pratiques, continueront d'accorder leur confiance à un produit longtemps présenté comme une alternative saine et durable. La filière du saumon d'élevage pourrait être confrontée à un véritable défi de transparence dans les mois à venir.