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Canon anti-Poutine et Bavaroise géante, les « petites bêtises » créatives de Maurice Bouston

Culture · · Par Emma ROUSSEAU

Canon anti-Poutine et Bavaroise géante, les « petites bêtises » créatives de Maurice Bouston

La France de l’art brut, ce territoire singulier où des créateurs autodidactes façonnent des univers hors des circuits officiels, compte une figure aussi insoli

La France de l’art brut, ce territoire singulier où des créateurs autodidactes façonnent des univers hors des circuits officiels, compte une figure aussi insolite que touchante : Maurice Bouston. Cet ancien éleveur charentais, dont le troupeau a été abattu, a transformé le deuil et la perte en une explosion créative. Sur sa propriété de Montbron, en Charente, il a érigé un monde peuplé d’œuvres conçues à partir d’outils et d’ustensiles usagés, où un canon pointé vers Poutine côtoie une Bavaroise géante. Le Monde Culture consacre un volet de sa série « La France de l’art brut » à ces « petites bêtises » qui disent pourtant l’essentiel. ### Un exutoire né de la tragédie L’histoire de Maurice Bouston est d’abord celle d’une rupture brutale. Éleveur de profession, il a vu son troupeau entièrement abattu, un événement qui aurait pu le briser définitivement. C’est pourtant de cette dépossession qu’est née sa vocation d’artiste. Les champs vidés de leurs bêtes sont devenus le théâtre d’une renaissance, où chaque objet du quotidien, chaque outil rouillé, chaque ustensile abandonné trouve une seconde vie. Cette pratique s’inscrit dans la plus pure tradition de l’art brut, telle que définie par Jean Dubuffet : une création spontanée, sans influence des normes académiques, guidée uniquement par une nécessité intérieure. Pour cet ancien agriculteur, l’art ne s’apprend pas, il se vit, se respire, se construit avec les mains et les souvenirs. ### Un canon comme message Parmi les pièces maîtresses de cet univers singulier, un canon attire immédiatement le regard. Son nom, ou plutôt sa cible déclarée, ne laisse aucun doute sur l’intention de son créateur : il est « anti-Poutine ». L’œuvre, réalisée à partir de matériaux de récupération, transforme un objet de destruction en une déclaration personnelle, presque enfantine dans sa franchise. On ne sait si Maurice Bouston suit l’actualité internationale de près, mais son geste traduit une prise de position simple, directe, débarrassée des filtres de la diplomatie. Cette pièce, qui pourrait prêter à sourire, révèle en réalité la capacité de l’art brut à absorber et à refléter les préoccupations du monde, même celles qui semblent les plus éloignées d’un hameau de Charente. Le canon, par son absurdité même, désamorce la violence qu’il évoque, la réduisant à une « petite bêtise » créative, pour reprendre les termes de l’artiste. ### La Bavaroise, ode à la convivialité À l’opposé de cette charge politique, une autre œuvre monumentale incarne la joie et la convivialité : une Bavaroise géante. Cette pièce, qui convoque l’imagerie des fêtes populaires et des kermesses, semble célébrer les plaisirs simples de la vie. Le choix de ce motif, la bière et sa chope emblématique, n’est probablement pas anodin chez un homme qui a consacré sa vie au travail de la terre. C’est une invitation à trinquer, à partager, à oublier les peines. La Bavaroise géante agit comme un contrepoids au canon : là où l’un évoque le conflit, l’autre appelle à la réunion. Ensemble, ces deux œuvres dessinent le portrait d’un homme complexe, qui a connu la dureté du monde mais refuse d’y succomber, préférant l’humour et la démesure comme armes de résistance. ### Un patrimoine à préserver La propriété de Montbron est ainsi devenue un lieu à part, un musée à ciel ouvert où la ferraille se fait poésie. Le travail de Maurice Bouston interroge notre rapport à la matière, au rebut et à la mémoire. Dans une société obsédée par le neuf et le fonctionnel, il oppose une esthétique de la récupération qui donne une âme aux objets morts. Les visiteurs qui poussent la grille de sa propriété découvrent un univers cohérent, où chaque sculpture raconte une histoire, un souvenir, une colère ou un espoir. Alors que la série du Monde Culture met en lumière ces créateurs d’exception, on ne peut que souhaiter que ce patrimoine singulier soit reconnu et préservé. Car au-delà de l’anecdote, ces « petites bêtises » sont le témoignage poignant d’une vie d’homme, de ses luttes et de sa capacité infinie à se réinventer, même quand tout semble perdu.