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Canicule : 25 députés présentent une proposition de loi afin d’instaurer une trêve estivale des expulsions

Une · · Par Claire BERNARD

Canicule : 25 députés présentent une proposition de loi afin d’instaurer une trêve estivale des expulsions

Canicule : 25 députés présentent une proposition de loi afin d’instaurer une trêve estivale des expulsions L'Assemblée nationale a enregistré une proposition de

Canicule : 25 députés présentent une proposition de loi afin d’instaurer une trêve estivale des expulsions

L'Assemblée nationale a enregistré une proposition de loi portée par 25 députés, visant à créer une trêve estivale des expulsions locatives, calquée sur le modèle de la trêve hivernale. Si ce texte était adopté en l'état, les expulsions pour loyers impayés deviendraient interdites pendant huit mois sur douze, une mesure qui suscite déjà de vifs débats au sein de la majorité comme de l'opposition.

Un dispositif inspiré de la trêve hivernale

Selon des informations rapportées par Le Figaro, la proposition de loi, déposée par un groupe de parlementaires issus principalement de la gauche et des écologistes, prévoit l'instauration d'une période de protection inédite pour les locataires en situation de précarité. Concrètement, cette trêve estivale s'étendrait sur une durée minimale de trois mois, généralement de juin à août, période durant laquelle aucune expulsion locative ne pourrait être exécutée. En cumulant cette nouvelle mesure avec la trêve hivernale existante, qui court du 1er novembre au 31 mars, les expulsions seraient théoriquement prohibées durant huit mois de l'année. Les députés auteurs du texte justifient cette initiative par la nécessité de protéger les ménages les plus vulnérables face aux épisodes de canicule, de plus en plus fréquents et intenses en France. Ils estiment qu'être privé de logement pendant les fortes chaleurs constitue un risque sanitaire majeur, d'autant plus que les solutions d'hébergement d'urgence sont souvent saturées en période estivale.

Un contexte de tension sur le logement

Cette proposition intervient dans un climat social tendu, marqué par une crise du logement persistante. Selon des données issues de rapports parlementaires, le nombre de ménages menacés d'expulsion ne cesse de croître, tandis que le parc locatif social peine à répondre à la demande. Les associations de défense des locataires, comme la Fondation Abbé Pierre ou le DAL, alertent régulièrement sur les conséquences dramatiques des expulsions, notamment pour les familles avec enfants. En parallèle, les propriétaires bailleurs, via des syndicats comme l'UNPI, dénoncent une mesure qui aggraverait selon eux l'insécurité juridique et financière des loueurs. Ils rappellent que la trêve hivernale, déjà longue de cinq mois, complique le recouvrement des loyers impayés et pourrait, à terme, décourager l'investissement locatif. Le texte devra donc trouver un équilibre délicat entre protection des locataires et préservation des droits des propriétaires, dans un contexte où le nombre de logements vacants est également en hausse.

Des implications politiques et juridiques

Sur le plan juridique, la proposition de loi soulève plusieurs interrogations. La Constitution et la jurisprudence du Conseil constitutionnel encadrent strictement le droit de propriété, et toute restriction doit être justifiée par un motif d'intérêt général suffisant. Les députés auteurs du texte s'appuient sur l'article 34 de la Constitution, qui permet au législateur de fixer les règles concernant les droits civils et les garanties fondamentales accordées aux citoyens. Ils argumentent que la santé publique et la dignité humaine, en période de canicule, constituent un motif impérieux. Politiquement, le texte pourrait diviser la majorité présidentielle, partagée entre une sensibilité sociale et une volonté de ne pas freiner l'activité du marché locatif. L'opposition de droite et d'extrême droite a déjà fait savoir qu'elle s'opposerait à ce qu'elle qualifie de "double peine" pour les propriétaires. La rapporteure du texte, issue du groupe écologiste, a indiqué vouloir inscrire cette proposition à l'ordre du jour de l'Assemblée dès la prochaine session parlementaire, espérant un débat avant l'été 2025.

Une perspective encore incertaine

Alors que la France connaît des étés de plus en plus chauds, la question de la protection des plus démunis face aux aléas climatiques devient un enjeu central des politiques publiques. Si la proposition de loi est encore loin d'être adoptée, elle a le mérite de poser un débat nécessaire sur l'articulation entre droit au logement, santé publique et respect de la propriété privée. Les prochaines semaines devraient être décisives pour déterminer si cette trêve estivale des expulsions pourra voir le jour, ou si elle restera une simple intention politique.