Onyx Infos

Cameroun: une caravane pour protester contre les violences faites aux femmes

Monde · · Par Claire BERNARD

Cameroun: une caravane pour protester contre les violences faites aux femmes

Cameroun : une caravane pour protester contre les violences faites aux femmes Plus d’une centaine de personnes ont participé ce vendredi à Yaoundé au lancement

Cameroun : une caravane pour protester contre les violences faites aux femmes

Plus d’une centaine de personnes ont participé ce vendredi à Yaoundé au lancement d’une campagne de lutte contre les violences basées sur le genre. Des parlementaires, des autorités administratives, municipales, universitaires, ainsi que des femmes et des jeunes filles, se sont mobilisées pour dire stop à toutes ces formes de violences. Cette initiative, rapportée par RFI, s’inscrit dans un contexte où les violences faites aux femmes demeurent un fléau majeur au Cameroun, malgré les avancées législatives et les engagements internationaux.

Une mobilisation multiforme pour briser le silence

Selon les informations recueillies sur place, la caravane a sillonné les artères principales de la capitale politique camerounaise, brandissant des pancartes et scandant des slogans dénonçant les violences domestiques, les mariages forcés, les mutilations génitales féminines et les agressions sexuelles. Les organisateurs, issus de la société civile et d’institutions publiques, ont insisté sur la nécessité de sortir de l’omerta qui entoure encore trop souvent ces crimes. « Il est temps que chaque femme puisse vivre sans crainte, dans la dignité et le respect de ses droits », a déclaré l’une des porte-parole de la campagne, citée par RFI. Cette mobilisation a également bénéficié du soutien de plusieurs députés et sénateurs, signe d’une prise de conscience politique, du moins en apparence.

Des représentants du ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille étaient également présents, rappelant l’existence de dispositifs juridiques tels que la loi de 2016 criminalisant le viol et les violences conjugales. Cependant, les participantes ont souligné le fossé persistant entre les textes et leur application effective sur le terrain. Les victimes, souvent stigmatisées et sans accès à une justice rapide, hésitent encore à porter plainte. La caravane avait donc pour objectif de créer un choc collectif et d’encourager les témoignages.

Un phénomène aux dimensions alarmantes

Le contexte camerounais est particulièrement préoccupant. D’après des données de l’Institut national de la statistique (INS) et de diverses ONG, près de 40 % des femmes camerounaises auraient subi au moins une forme de violence au cours de leur vie, qu’elle soit physique, psychologique ou économique. Les régions de l’Extrême-Nord, du Nord et de l’Est sont les plus touchées, en raison de la prévalence de pratiques traditionnelles néfastes et de l’insécurité liée aux conflits armés (notamment la menace de Boko Haram). Dans les zones urbaines comme Yaoundé ou Douala, les violences conjugales et le harcèlement de rue restent quotidiens.

Cette campagne intervient alors que la pandémie de Covid-19 avait exacerbé ces violences, les confinements ayant piégé de nombreuses femmes avec leurs agresseurs. Les centres d’écoute et les associations avaient alors enregistré une hausse significative des appels de détresse, sans que les pouvoirs publics ne mettent en place des mesures d’urgence véritablement efficaces. Aujourd’hui, la reprise des activités et le retour à une relative normalité n’ont pas fait baisser la pression. Le manque de structures d’accueil et de prise en charge psychologique pour les victimes reste criant.

Au-delà de la répression, les militantes insistent sur la nécessité d’un travail en amont : éducation des jeunes garçons au respect et à l’égalité, sensibilisation dans les écoles et les villages, et autonomisation économique des femmes pour leur permettre de quitter un environnement violent. La caravane de Yaoundé n’est que la première étape d’une tournée qui devrait s’étendre à plusieurs autres villes du pays, notamment Bafoussam, Garoua et Douala, afin de toucher un public plus large et de créer un véritable mouvement de fond.

Vers une prise de conscience durable ?

Cette initiative, bien que symbolique, pourrait marquer un tournant si elle parvient à maintenir la pression sur les autorités et à fédérer un nombre croissant de citoyens. Les organisateurs ont annoncé la mise en place d’un observatoire citoyen des violences basées sur le genre, chargé de collecter des données fiables et de dénoncer les dysfonctionnements judiciaires. Un tel outil, s’il voit le jour, pourrait permettre de mieux documenter l’ampleur du phénomène et d’orienter les politiques publiques.

Reste à savoir si cette mobilisation saura dépasser le simple effet d’annonce et se traduire par des avancées concrètes. Au Cameroun, comme dans de nombreux pays africains, la lutte contre les violences faites aux femmes se heurte à des résistances culturelles profondes et à un système judiciaire souvent lent et corrompu. La caravane a au moins eu le mérite de remettre le sujet sur le devant de la scène médiatique et politique, rappelant que le combat pour l’égalité et la dignité des femmes est loin d’être gagné.