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"C’est à vie que je suis condamné à porter ce drame" : le meurtrier de l’ancien rugbyman Aramburu reconnaît les faits, mais plaide la légitime défense

Une · · Par Claire BERNARD

Meurtre d’Aramburu : Loïk Le Priol reconnaît les tirs mais invoque la légitime défense devant les assises L’audience de la cour d’assises de Paris a été marquée

Meurtre d’Aramburu : Loïk Le Priol reconnaît les tirs mais invoque la légitime défense devant les assises

L’audience de la cour d’assises de Paris a été marquée, ce lundi 7 septembre, par la prise de parole du principal accusé dans le dossier du meurtre de l’ancien rugbyman argentin Federico Martin Aramburu. Loïk Le Priol a formellement reconnu avoir tiré sur la victime en mars 2022, tout en plaçant sa défense sous l’angle de la légitime défense, selon des informations rapportées par Midi Libre. Ce changement de position, ou du moins cette clarification, intervient après deux années d’instruction marquées par des zones d’ombre sur le déroulé exact de la soirée tragique.

### Reconnaissance des faits et stratégie de défense

Devant les magistrats, Loïk Le Priol a déclaré, selon les propos retranscrits par nos confrères de Midi Libre : « C’est à vie que je suis condamné à porter ce drame ». Cette formule, empreinte de gravité, contraste avec la ligne de défense qu’il entend désormais développer. En reconnaissant être l’auteur des tirs mortels, l’accusé ne conteste plus la matérialité des faits, mais cherche à en modifier la qualification juridique. Il invoque la légitime défense, une notion qui pourrait, si elle était retenue par la cour, faire basculer l’analyse d’un homicide volontaire vers une réponse proportionnée à une agression préalable.

Les débats devraient ainsi se concentrer sur les minutes ayant précédé le drame, survenu dans la nuit du 18 au 19 mars 2022 dans le quartier de l’Odéon, à Paris. L’ancien joueur de rugby argentin, âgé de 42 ans, avait été abattu de plusieurs balles après une altercation survenue en terrasse. Le contexte de cette rixe, les échanges verbaux et physiques qui l’ont précédée, ainsi que le comportement des différents protagonistes seront au cœur des auditions des témoins et des experts. La défense de Loïk Le Priol devra convaincre que son client se trouvait dans une situation de danger imminent et que l’usage de son arme constituait l’unique issue perçue à cet instant.

### Un profil d’accusé complexe et un passé militaire

Le parcours de Loïk Le Priol ajoute une dimension particulière à ce procès. Ancien militaire des forces spéciales, il présente un profil que les experts psychiatriques ont eu à évaluer durant l’instruction. Les rapports versés au dossier, dont certains éléments ont été relayés par la presse, évoquent un homme potentiellement marqué par des séquelles liées à ses années de service opérationnel. Ces antécédents pourraient peser dans l’appréciation de sa responsabilité pénale, sans pour autant constituer une excuse automatique. La cour devra déterminer si son état de stress post-traumatique, s’il est confirmé, a pu altérer son discernement au moment des faits ou influencer sa perception de la menace.

Par ailleurs, l’enquête a révélé que l’accusé avait pris la fuite après les tirs, avant d’être interpellé plusieurs jours plus tard en Hongrie. Cette fuite, qui contraste avec la thèse de la légitime défense, pourrait être soulevée par les parties civiles pour illustrer une prise de conscience de la gravité de l’acte commis. Les avocats de la famille de Federico Martin Aramburu devraient également insister sur la disproportion apparente entre une altercation verbale, aussi violente fût-elle, et l’usage d’une arme à feu. La question de l’alcoolisation des protagonistes cette nuit-là, ainsi que la présence d’autres individus sur les lieux, fera l’objet de débats contradictoires.

### Un procès sous haute surveillance médiatique et juridique

Cette affaire, suivie par de nombreux médias français et argentins, cristallise des enjeux juridiques majeurs autour de la notion de légitime défense. Sa définition stricte, encadrée par l’article 122-5 du code pénal, exige une riposte contemporaine à une agression injustifiée, nécessaire et proportionnée. Les juristes présents à l’audience notent que la jurisprudence est particulièrement restrictive sur ce point, les cours d’assises se montrant généralement réticentes à exonérer un tireur qui avait la possibilité de se soustraire au danger. L’issue de ce procès, dont le verdict est attendu dans les prochaines semaines, pourrait donc contribuer à éclairer la manière dont la justice française apprécie ces situations de tension extrême.

Au-delà du sort de l’accusé, c’est la mémoire d’un sportif de haut niveau, passé par le Biarritz Olympique et l’équipe nationale argentine, qui est honorée à travers ce procès. La famille de Federico Martin Aramburu, présente à l’audience, attend des réponses sur les circonstances exactes de sa mort. Les débats devraient se prolonger autour des expertises balistiques et des reconstitutions, afin de déterminer si les tirs ont été effectués alors que la victime était en retrait ou si elle représentait encore une menace active pour l’accusé. La cour rendra sa décision à l’issue des plaidoiries, dans un climat de recueillement et d’attention soutenue.