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"C’est une question de Constitution": la France et l'Italie s'opposent à ce que l'anglais soit la seule langue utilisée dans les couloirs de l'Union européenne

Economie · · Par Julie MOREAU

# Diversité linguistique : Paris et Rome s'opposent à l'anglais comme langue unique dans les négociations européennes La France et l'Italie ont exprimé leur opp

# Diversité linguistique : Paris et Rome s'opposent à l'anglais comme langue unique dans les négociations européennes La France et l'Italie ont exprimé leur opposition à ce que l'anglais devienne la seule langue utilisée lors des discussions entre les États membres de l'Union européenne, selon des informations rapportées par le Financial Times et relayées par BFM Business. Cette position intervient alors que plusieurs pays, soutenus par le commissaire européen au Commerce Maroš Šefčovič, plaident pour un recours exclusif à l'anglais afin d'accélérer les négociations commerciales au sein de l'institution bruxelloise. ## Un principe constitutionnel invoqué par la France "C'est une question de Constitution française. La France ne peut être liée par un texte qui n'est pas rédigé en français, ni s'y engager", a souligné un responsable français auprès du Financial Times, selon des propos rapportés par BFM Business. Cette position repose sur un fondement juridique solide : la Constitution de la Ve République dispose en effet que le français est la langue de la République, et tout engagement international doit pouvoir être examiné et validé dans cette langue. L'Italie partage cette position, estimant que l'italien doit également conserver sa place dans les échanges officiels. Les deux pays rappellent que le multilinguisme est inscrit dans la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, qui garantit à tout citoyen européen le droit de communiquer avec les institutions dans l'une des 24 langues officielles de l'UE. ## Un large consensus apparent mais contesté Le commissaire européen au Commerce Maroš Šefčovič estime pourtant qu'il existe "un large consensus" en faveur de l'anglais comme langue unique des négociations. "Si l'on examine n'importe quelle évaluation des pertes financières engendrées par la longueur de ce processus, je pense que, surtout dans le contexte mondial actuel, c'est quelque chose que nous ne pouvons plus nous permettre", a-t-il déclaré, selon des propos relayés par le Financial Times. Ce plaidoyer pour l'efficacité économique se heurte toutefois à la réalité institutionnelle : l'UE compte officiellement 24 langues, et même après le Brexit, l'anglais est resté une langue de travail, notamment parce qu'il est parlé à Malte et en Irlande. Le multilinguisme demeure "l'un des principes fondateurs" de l'Union, comme le rappelle l'institution sur son site. ## Des enjeux économiques et diplomatiques La question linguistique dépasse le simple cadre administratif : elle touche directement à la souveraineté des États membres et à l'équilibre des pouvoirs au sein de l'Union. Pour la France et l'Italie, imposer l'anglais comme seule langue de négociation reviendrait à désavantager les pays dont la langue maternelle n'est pas celle de Shakespeare, et à renforcer la domination culturelle et économique des pays anglophones. À l'inverse, les partisans d'une unification linguistique arguent que les coûts de traduction et d'interprétation pèsent lourdement sur le budget européen, et que la lenteur des processus de traduction freine la prise de décision dans un contexte mondial de plus en plus concurrentiel. ## Une bataille qui s'annonce longue Le compromis semble difficile à trouver entre efficacité économique et respect des identités nationales. La France et l'Italie, deux des membres fondateurs de l'Union européenne, disposent d'un poids politique suffisant pour bloquer toute réforme linguistique trop radicale. La question pourrait être tranchée lors des prochains Conseils européens, où les chefs d'État et de gouvernement devront arbitrer entre la nécessité d'accélérer les négociations et la préservation du principe de multilinguisme, pilier de l'identité européenne depuis sa création.