"C'est incensé", "incompréhensible"... Alors qu'ils se remettent à produire du paracétamol en France, les laboratoires ne comprennent pas pourquoi le gouvernement envisage de baisser son prix de 13%

# Relocalisation du paracétamol : les laboratoires français dénoncent une baisse de prix « incompréhensible » Alors que les groupes Upsa et Opella s'apprêtent à
# Relocalisation du paracétamol : les laboratoires français dénoncent une baisse de prix « incompréhensible »
Alors que les groupes Upsa et Opella s'apprêtent à produire les premières boîtes de paracétamol 100 % françaises d'ici quelques mois, le gouvernement envisage de réduire le prix fabricant de cet antalgique de 13 %. Une décision qui suscite l'incompréhension des industriels, engagés dans un vaste effort de relocalisation industrielle.
## Une notification tombée à contretemps
Le Comité économique des produits de santé (CEPS), instance rattachée au ministère de la Santé, a notifié la semaine dernière aux fabricants de paracétamol son intention de baisser le prix de ce médicament. Selon le courrier reçu par les laboratoires, il s'agirait d'une réduction de 13,04 % du prix fabricant hors taxe (PFHT), soit une diminution de 10 centimes pour atteindre 0,66 euro au 1er janvier 2027. Actuellement, ce tarif s'élève à 0,76 euro. En incluant les marges des grossistes-répartiteurs et des pharmaciens, le prix public d'une boîte de cet antidouleur de palier 1 s'établirait à 2,18 euros.
Chez Opella, qui fabrique le Doliprane dans ses usines de Lisieux (Calvados) et Compiègne (Oise), la surprise est totale. « On a reçu le courrier le jeudi soir, à 19 heures, moins de cinq mois avant la production des premières boîtes 100 % françaises avec la relocalisation du principe actif. C'est incompréhensible », s'émeut un porte-parole du groupe.
## Des industriels qui réclamaient l'inverse
Du côté d'Upsa, fabricant de l'Efferalgan et du Dafalgan dans deux usines à Agen (Lot-et-Garonne), la réaction est tout aussi vive. « C'est insensé. C'est tout l'inverse de ce qu'on a demandé », dénonce un porte-parole. Le 1er juin dernier, la patronne d'Upsa, Isabelle Van Rycke, avait plaidé sur BFM Business pour une revalorisation de 10 centimes du prix du paracétamol, estimant qu'il vaut « moins qu'une baguette de pain » en France. Sa consœur chez Opella France, Ségolène de Marsac, réclame la même hausse, soit 0,86 euro la boîte hors marges.
Un prix qui n'a pas été révisé à la baisse depuis plus de dix ans. « C'est une injonction contradictoire », insiste-t-on chez Opella, alors que les laboratoires ont investi massivement pour relocaliser la production du principe actif sur le territoire national.
## Un signal inquiétant pour la souveraineté sanitaire
Cette décision intervient dans un contexte où la France tente de regagner sa souveraineté en matière de production pharmaceutique, après des années de délocalisation vers l'Asie. Les laboratoires Upsa et Opella ont engagé des investissements conséquents pour rapatrier la fabrication du paracétamol, molécule essentielle utilisée par des millions de Français chaque année.
Pour les industriels, la baisse de prix envisagée compromet la rentabilité de ces opérations de relocalisation. « On nous demande de produire en France, mais on nous impose un prix qui ne couvre pas nos coûts de production », résume un porte-parole. Les négociations avec le CEPS s'annoncent tendues, alors que le moratoire sur le prix du paracétamol arrive à son terme.
L'enjeu dépasse le simple cadre économique. Il interroge la cohérence de la politique industrielle et sanitaire française, prise entre la volonté de maîtriser les dépenses de santé et celle de garantir l'indépendance pharmaceutique du pays. La décision finale du CEPS sera scrutée de près par l'ensemble de la filière.