"C'est faux de le dire": la loi adoptée ce matin ne réintroduit pas en France deux pesticides autorisés dans l'UE, martèle la ministre de l'Agriculture

"C'est faux de le dire": la loi adoptée ce matin ne réintroduit pas en France deux pesticides autorisés dans l'UE, martèle la ministre de l'Agriculture Une polé
"C'est faux de le dire": la loi adoptée ce matin ne réintroduit pas en France deux pesticides autorisés dans l'UE, martèle la ministre de l'Agriculture
Une polémique naissante enflamme le monde agricole et politique ce mardi 21 juillet, au lendemain du vote de la loi d’urgence agricole à l’Assemblée nationale. Le texte, adopté par 296 voix contre 224, ouvre la porte à l’utilisation de deux pesticides interdits en France – l’acétamipride et le flupyradifurone – mais autorisés dans l’Union européenne, suscitant l’inquiétude des associations environnementales. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a tenu à couper court à toute interprétation alarmiste, martelant sur France Inter qu’il ne s’agit « pas d’une réintroduction, ni partielle ni totale ».
Une clarification sous condition scientifique
Interrogée sur les ondes de France Inter, Annie Genevard a fermement rejeté l’idée d’un retour en grâce de ces substances controversées. « Il n’y a pas de réintroduction de l’acétamipride, c’est faux de le dire », a-t-elle insisté, avant de préciser le mécanisme prévu par la loi. Selon la ministre, le texte ne confère pas au politique le pouvoir d’autoriser des produits phytosanitaires, mais transfère cette responsabilité à l’Agence de sécurité sanitaire pour l’alimentation et l’environnement (Anses). « C’est à la science de le dire », a-t-elle ajouté, conditionnant tout usage à un aval strict de l’agence. Cette mesure, a-t-elle rappelé, ne figurait pas dans le texte initial du gouvernement, mais a été introduite et votée par les parlementaires. L’objectif, selon elle, est de répondre aux difficultés de filières spécifiques, comme celle de la noisette, par des dérogations temporaires et limitées.
Des divisions au sein du camp gouvernemental
La polémique ne se limite pas aux bancs de l’opposition. Au sein même du gouvernement, des voix discordantes se font entendre. Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, s’est personnellement opposée à cette disposition, marquant une fracture notable au sein de l’exécutif. Cette dissension interne rappelle les tensions qui avaient entouré la précédente loi Duplomb, laquelle prévoyait déjà le retour de l’acétamipride avant d’être censurée par le Conseil constitutionnel. Des députés du camp gouvernemental avaient alors suggéré des amendements pour éviter une nouvelle crise politique, mais la mesure a finalement été adoptée dans le cadre de la loi d’urgence agricole. Les associations environnementales, de leur côté, dénoncent un recul sanitaire, tandis que les syndicats agricoles plaident pour des outils de protection des cultures face à des ravageurs résistants.
Un équilibre fragile entre urgence agricole et santé publique
Cette loi d’urgence, présentée comme une réponse aux crises multiples du secteur (climat, prix, réglementations), illustre la difficulté de concilier productivité et précaution sanitaire. Annie Genevard a tenté de rassurer en rappelant que l’Anses, instance scientifique indépendante, aura le dernier mot, et que les dérogations ne seront accordées que « pour un temps limité ». Reste à savoir si ce dispositif satisfera les agriculteurs en difficulté tout en apaisant les craintes des citoyens et des élus écologistes. Une chose est sûre : le débat sur la place des pesticides dans l’agriculture française est loin d’être clos, et ce vote pourrait bien raviver les mobilisations citoyennes observées lors de la précédente législature.