"C'est du délire, il n'y a plus de place pour aucun avion": de plus en plus de retards dans les aéroports en Grèce, dépassés par le boom du tourisme

## Le ciel grec saturé : des infrastructures aériennes à la limite face à un trafic record Le boom touristique sans précédent que connaît la Grèce met ses infra
## Le ciel grec saturé : des infrastructures aériennes à la limite face à un trafic record
Le boom touristique sans précédent que connaît la Grèce met ses infrastructures aériennes sous tension extrême. Avec une augmentation de 40% du trafic dans l'espace aérien grec depuis 2019, les contrôleurs aériens, en sous-effectif chronique, peinent à absorber des flux qui atteignent des niveaux records chaque été. Le 18 juillet dernier, 5.082 vols ont circulé dans le ciel du pays, un sommet historique selon l'aviation civile grecque, contre environ 1.500 hors saison.
### Des contrôleurs aériens submergés par l'afflux estival
Dans la salle de contrôle de l'aéroport d'Athènes, où sont surveillées l'ensemble des trajectoires de l'espace aérien grec, la pression est palpable. Olga Toki, vice-présidente de l'Association des contrôleurs aériens de Grèce, décrit une situation devenue intenable : "Regardez ce ciel, c'est du délire, il n'y a plus de place pour aucun avion !" Les écrans affichent des flèches vertes qui s'accumulent, chacune représentant un appareil, une compagnie, un vol à gérer dans un espace aérien devenu exigu. Cette saturation se traduit par des retards en cascade qui s'accumulent aux heures de pointe, pénalisant aussi bien les compagnies que les passagers.
Le problème ne date pas d'hier. Le 4 janvier dernier, une panne majeure du système de communication entre les contrôleurs et les pilotes a révélé au grand jour la fragilité de ces équipements vieillissants. Les opérateurs voyaient les avions sur leurs écrans mais ne pouvaient ni entendre ni parler aux pilotes. L'espace aérien grec avait alors été fermé pendant plus de deux heures, provoquant un chaos généralisé avec des annulations en cascade et des déroutements massifs vers les pays voisins. Cet incident a mis en lumière l'urgence d'une modernisation profonde du système.
### Une modernisation annoncée mais des retards persistants
Face à cette situation critique, une rénovation d'envergure des infrastructures a été annoncée, représentant un investissement d'environ 300 millions d'euros. L'installation de nouveaux systèmes numériques de communication a commencé mi-août, marquant une première étape concrète dans ce vaste chantier. Toutefois, des zones d'ombre subsistent : le radar de l'aéroport de la capitale, qui date de 1999, n'a toujours pas été remplacé, et ce, malgré la signature du contrat. Ce retard dans le renouvellement des équipements essentiels laisse planer un doute sur la capacité du pays à faire face aux prochaines saisons touristiques.
La Commission européenne a d'ailleurs saisi la Cour de justice de l'Union européenne, reprochant à la Grèce de ne pas avoir mis en place, depuis 2020, les mesures nécessaires visant à améliorer les procédures de navigation aérienne. Cette action en justice témoigne de l'inquiétude des instances européennes face à une situation qui pourrait s'aggraver si rien n'est fait rapidement. Le pays, qui accueille chaque année des millions de visiteurs, se trouve à un tournant : moderniser en profondeur ses infrastructures ou risquer de voir sa réputation de destination touristique de premier plan entachée par des désorganisations répétées.
L'enjeu est double pour la Grèce : maintenir l'attractivité de son secteur touristique, moteur essentiel de son économie, tout en garantissant la sécurité et la fiabilité de son espace aérien. Les prochains mois seront décisifs pour mesurer l'effectivité des engagements pris et la capacité du pays à rattraper son retard technologique dans un contexte de croissance continue du trafic aérien.