"C'est de plus en plus dangereux pour un petit pays de rester en dehors de l'Union européenne": alarmée des visées de Donald Trump sur le Groenland, l'Islande organise un référendum sur la reprise des négociations d'adhésion avec Bruxelles ce samedi

L’Islande soumet à référendum la reprise des négociations d’adhésion avec l’Union européenne ce samedi, une consultation au résultat incertain qui reflète les i
L’Islande soumet à référendum la reprise des négociations d’adhésion avec l’Union européenne ce samedi, une consultation au résultat incertain qui reflète les inquiétudes croissantes d’un petit État face aux ambitions territoriales affichées par Donald Trump sur le Groenland. La Première ministre, Kristrun Frostadottir, présente ce scrutin comme une « opportunité » de sécuriser l’avenir du pays dans un contexte géopolitique jugé de plus en plus menaçant.
### Un scrutin consultatif, un choix stratégique
Les quelque 400 000 habitants de l’île sont invités à répondre à une question précise : « L’Islande doit-elle reprendre les négociations d’adhésion avec l’Union européenne ? ». Il ne s’agit pas d’un vote sur l’adhésion elle-même, mais sur la réouverture de discussions avec Bruxelles, interrompues en 2013. En cas de victoire du « oui », un éventuel accord négocié avec les Vingt-Sept serait soumis à un second référendum. Ce processus pourrait également impliquer une modification de la Constitution islandaise et une ratification par l’ensemble des États membres. Le gouvernement, mené par la dirigeante sociale-démocrate, insiste sur le caractère non définitif de cette première étape. « Un oui réduirait les risques : tout le monde aimerait connaître l’avenir. Là, on aurait un accord concret sur la table et des réponses à toutes les questions qui se posent », a expliqué Kristrun Frostadottir à l’AFP, lors d’une « réunion d’écoute » à Selfoss, une petite ville agricole située à une cinquantaine de kilomètres de Reykjavik.
### Un revirement majeur depuis la crise de 2008
Ce scrutin marque un tournant dans l’histoire récente du pays. L’Islande avait présenté sa première candidature à l’UE en 2009, au lendemain de la crise financière qui avait dévasté son économie. Les négociations, officiellement ouvertes en 2010, avaient été gelées trois ans plus tard, après l’arrivée au pouvoir d’une coalition eurosceptique. Depuis, le sujet était resté en sommeil, la pêche constituant un obstacle majeur à tout rapprochement avec Bruxelles. Ce secteur, hypersensible pour l’économie islandaise, demeure au cœur des préoccupations et des discussions à venir. Aujourd’hui, le contexte international a radicalement changé. La Première ministre a sillonné le pays pour écouter les craintes de ses concitoyens, un exercice de pédagogie politique destiné à clarifier les enjeux d’une possible intégration européenne.
### Un contexte géopolitique jugé plus dangereux
L’élément déclencheur de cette nouvelle dynamique est explicitement lié aux visées de Donald Trump sur le Groenland. Pour de nombreux observateurs, les appétits territoriaux affichés par le président américain ont ravivé un sentiment de vulnérabilité chez les petits États de la région arctique. « C’est de plus en plus dangereux pour un petit pays de rester en dehors de l’Union européenne », résume un argumentaire qui gagne du terrain dans le débat public islandais. La perspective d’un ancrage européen est désormais perçue par une partie de la population comme un bouclier potentiel face aux pressions extérieures. Le référendum de ce samedi ne tranchera pas définitivement la question de l’appartenance à l’UE, mais il enverra un signal politique fort sur les intentions des Islandais. Le résultat, très incertain selon les sondages, sera scruté de près à Bruxelles comme à Reykjavik, alors que l’île doit trouver un équilibre entre sa souveraineté, notamment sur ses ressources maritimes, et la sécurité qu’offrirait une intégration au sein du bloc communautaire.