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«C'est pour bientôt»: le Bénin et le Niger avancent vers une réouverture de leur frontière

Monde · · Par Claire BERNARD

«C'est pour bientôt»: le Bénin et le Niger avancent vers une réouverture de leur frontière

Le Bénin et le Niger semblent s’acheminer vers une réouverture prochaine de leur frontière commune, fermée depuis le coup d’État de juillet 2023 au Niger. La vi

Le Bénin et le Niger semblent s’acheminer vers une réouverture prochaine de leur frontière commune, fermée depuis le coup d’État de juillet 2023 au Niger. La visite du nouveau président béninois, Romuald Wadagni, à Niamey le 2 juin dernier a relancé une dynamique de décrispation, concrétisée ce samedi 21 juin à Cotonou par une réunion des comités d’experts conjoints. ## Une première étape décisive à Cotonou Selon des informations rapportées par RFI, les travaux des comités d’experts, mis en place au lendemain de la visite présidentielle du 2 juin, se sont ouverts samedi au ministère béninois des Affaires étrangères. La première journée de ces échanges, qui se sont achevés en fin d’après-midi, a porté sur les modalités techniques et sécuritaires nécessaires à une réouverture de la frontière. Les discussions, qualifiées de « constructives » par des sources diplomatiques proches du dossier, auraient permis de lever plusieurs points de blocage, notamment en ce qui concerne le contrôle des flux de personnes et de marchandises. La frontière, longue de plusieurs centaines de kilomètres, est un axe économique vital pour les deux pays, particulièrement pour le Bénin, dont le port de Cotonou sert de débouché maritime au Niger enclavé. Sa fermeture, décidée par Niamey après le putsch, a entraîné des conséquences économiques lourdes, avec une chute des échanges commerciaux estimée à plusieurs dizaines de milliards de francs CFA. ## Un contexte de tension régionale persistante Cette avancée intervient dans un climat de défiance régionale, où les relations entre les pays du Sahel et ceux du golfe de Guinée restent marquées par les conséquences des coups d’État successifs. Le Niger, sous la direction de la junte du général Abdourahamane Tiani, a rompu plusieurs accords de coopération avec la France et s’est rapproché du Mali et du Burkina Faso au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Le Bénin, de son côté, a maintenu une position de fermeté tout en multipliant les gestes d’apaisement. La visite de Romuald Wadagni à Niamey, premier déplacement d’un chef d’État béninois depuis la crise, avait été perçue comme un signal fort de volonté de dialogue. Selon des sources gouvernementales béninoises, les discussions de Cotonou pourraient déboucher sur une annonce officielle de réouverture partielle dans les prochains jours, bien que des questions sécuritaires, notamment la circulation des groupes armés dans la région de Tillabéri, restent en suspens. ## Des enjeux économiques et humanitaires pressants Au-delà des considérations politiques, la réouverture de la frontière répond à des impératifs économiques et humanitaires urgents. Le Bénin, dont l’économie dépend en partie du transit des marchandises nigériennes, a vu ses recettes portuaires chuter de près de 30 % depuis la fermeture. De l’autre côté, le Niger subit une inflation des prix des produits importés, notamment les denrées alimentaires et les hydrocarbures, qui transitent habituellement par le port de Cotonou. Des organisations humanitaires, citées par RFI, ont également alerté sur les difficultés d’approvisionnement en médicaments dans le nord du Niger, aggravées par la fermeture de la frontière. Les experts réunis à Cotonou auraient ainsi examiné des mécanismes de contrôle sanitaire et douanier allégés pour permettre un flux minimal de biens essentiels. Toutefois, selon une source proche des négociations, un calendrier précis de réouverture totale n’a pas encore été arrêté, les discussions devant se poursuivre dans les prochains jours. ## Une normalisation encore fragile Si les signaux positifs se multiplient, la normalisation des relations entre le Bénin et le Niger reste conditionnée à des avancées politiques plus larges. La junte nigérienne exige notamment la levée des sanctions économiques imposées par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dont le Bénin est membre. De son côté, Cotonou insiste sur le respect des engagements sécuritaires pris par Niamey pour empêcher les infiltrations de groupes djihadistes. Les travaux de samedi n’ont pas abordé ces questions, qui devraient être traitées lors d’une prochaine réunion ministérielle. « C’est pour bientôt », aurait confié un diplomate béninois à RFI, en évoquant la réouverture de la frontière, sans préciser de date. La prudence reste de mise, alors que les deux pays tentent de surmonter une crise qui a profondément fragilisé leurs liens historiques.