Burkina Faso: le capitaine Traoré appelle à un islam «modéré» et dénonce les «extrémistes»

Burkina Faso : le capitaine Traoré appelle à un islam «modéré» et dénonce les «extrémistes» Le capitaine Ibrahim Traoré, président de la transition du Burkina F
Burkina Faso : le capitaine Traoré appelle à un islam «modéré» et dénonce les «extrémistes»
Le capitaine Ibrahim Traoré, président de la transition du Burkina Faso, s’est exprimé ce jeudi 16 juillet 2026 lors d’un long discours devant les Forces vives de la région de Yaadga, dans le nord du pays. Revenant sur l’avancée de la lutte antiterroriste, il a critiqué les ennemis de l’extérieur et apporté des précisions sur la récente loi encadrant les pratiques religieuses, tout en appelant la communauté musulmane à la «modération» et en dénonçant une «minorité d’extrémistes» au sein du pays.
Un discours centré sur la sécurité et la cohésion sociale
Selon des informations rapportées par RFI, le chef du régime militaire burkinabè a livré une allocution de plusieurs heures devant les forces vives de la région de Yaadga, une zone particulièrement touchée par les violences djihadistes. Le capitaine Traoré a notamment insisté sur les progrès réalisés dans la lutte contre le terrorisme, tout en pointant du doigt les «ennemis de l’extérieur» qui, selon lui, chercheraient à déstabiliser le pays. Ce discours s’inscrit dans un contexte de tensions sécuritaires persistantes, le Burkina Faso étant en proie à des attaques récurrentes depuis 2015, attribuées à des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique.
Le président de la transition a également profité de cette tribune pour clarifier la portée de la récente loi d’encadrement des pratiques religieuses, adoptée plus tôt dans l’année. Cette législation, qui vise à réguler les prêches et les activités des associations cultuelles, avait suscité des inquiétudes parmi certaines franges de la population musulmane, craignant une ingérence de l’État dans les affaires religieuses. Le capitaine Traoré a toutefois assuré que cette loi n’avait pas pour objectif de restreindre la liberté de culte, mais de lutter contre les dérives extrémistes.
Un appel à la «modération» qui interroge
L’un des passages les plus marquants du discours du capitaine Traoré a été son appel direct aux musulmans burkinabè à adopter une pratique «modérée» de l’islam. «Nous devons promouvoir un islam de paix, de tolérance et de modération», aurait-il déclaré, selon des sources proches de la présidence. Il a également dénoncé la présence d’une «minorité d’extrémistes» qui, selon lui, «détourneraient les valeurs de l’islam pour justifier la violence et la haine». Cette sortie intervient alors que la communauté musulmane, majoritaire dans le pays (environ 60 % de la population), a été en première ligne des soutiens du régime dès la prise du pouvoir en septembre 2022.
Certains observateurs s’interrogent toutefois sur le timing et la tonalité de ce discours. En effet, depuis son accession à la tête de l’État, le capitaine Traoré a régulièrement cherché à s’appuyer sur les autorités religieuses, notamment musulmanes, pour légitimer son pouvoir et appeler à l’unité nationale. Cette nouvelle prise de position pourrait être perçue comme une mise en garde à l’encontre de certaines franges radicales, mais aussi comme une tentative de rassurer les partenaires internationaux, préoccupés par la dérive autoritaire du régime et la montée des discours identitaires.
Des implications politiques et sécuritaires complexes
La sortie du capitaine Traoré intervient dans un climat de défiance croissante envers les institutions religieuses, accusées par certains de fermer les yeux sur les dérives extrémistes. Selon des sources diplomatiques citées par RFI, le gouvernement burkinabè aurait identifié plusieurs mosquées et écoles coraniques comme des foyers potentiels de radicalisation dans le nord du pays. La nouvelle loi d’encadrement des pratiques religieuses, bien que présentée comme un outil de régulation, pourrait ainsi être utilisée pour surveiller et contrôler les activités des imams et des prédicateurs.
Cette dynamique n’est pas sans rappeler les tensions observées dans d’autres pays sahéliens, comme le Mali ou le Niger, où les régimes militaires ont également cherché à encadrer le discours religieux tout en luttant contre l’insécurité. Cependant, au Burkina Faso, la relation entre le pouvoir et la communauté musulmane reste particulièrement sensible. D’un côté, le régime a besoin du soutien des leaders religieux pour maintenir la cohésion sociale et légitimer son action ; de l’autre, il doit répondre aux critiques internationales sur le respect des libertés fondamentales.
Une sortie qui pourrait fragiliser le soutien de la communauté musulmane
Si le capitaine Traoré a pu compter sur l’appui de la communauté musulmane depuis le coup d’État de 2022, ce dernier discours pourrait altérer cette relation de confiance. Plusieurs organisations islamiques locales, interrogées par RFI, ont exprimé leur mécontentement face à ce qu’elles perçoivent comme une stigmatisation de l’islam. «Nous condamnons le terrorisme, mais nous ne pouvons pas accepter que l’on assimile l’ensemble de la communauté musulmane à une minorité d’extrémistes», a déclaré un imam de Ouagadougou sous couvert d’anonymat.
Par ailleurs, certains analystes estiment que cette sortie pourrait être contre-productive, en attisant les tensions entre les différentes sensibilités islamiques du pays. Le Burkina Faso compte en effet une diversité de courants musulmans, allant du soufisme traditionnel à des mouvements plus rigoristes influencés par le wahhabisme. En appelant à un islam «modéré», le capitaine Traoré pourrait involontairement renforcer les clivages et fragiliser les efforts de réconciliation nationale.
Cette prise de position intervient également dans un contexte électoral incertain, alors que le régime militaire a repoussé sine die les échéances électorales, prévues initialement pour 2024. La question religieuse, souvent instrumentalisée à des fins politiques, pourrait ainsi devenir un enjeu central dans les mois à venir, d’autant plus