Bolivie: feu vert du Parlement au recours à l'armée pour lever les barrages routiers

Bolivie : le Parlement autorise le recours à l’armée face à la paralysie des routes Alors que la crise sociale et politique s’enlise en Bolivie, le Parlement a
Bolivie : le Parlement autorise le recours à l’armée face à la paralysie des routes
Alors que la crise sociale et politique s’enlise en Bolivie, le Parlement a franchi un cap décisif en autorisant dimanche 7 juin 2026 le président Rodrigo Paz à déployer l’armée pour lever les barrages routiers qui paralysent le pays. Cette mesure intervient après six semaines de mobilisation ininterrompue, marquée par l’échec des tentatives de dialogue et l’aggravation des pénuries.
Un vote pour sortir de l’impasse
Selon des informations rapportées par RFI, l’Assemblée législative plurinationale de Bolivie a approuvé, le 7 juin 2026, une loi autorisant le recours aux forces armées pour débloquer les axes routiers stratégiques tenus par des manifestants. Ces derniers, issus de divers secteurs sociaux, réclament la démission du président de centre droit Rodrigo Paz, élu en 2025. Le texte a été voté dans un contexte de tensions extrêmes, alors que les blocages, qui durent depuis plus d’un mois, ont provoqué des pénuries de carburant, de denrées alimentaires et de médicaments dans plusieurs régions, notamment à La Paz et à Santa Cruz. Le gouvernement justifie cette mesure par la nécessité de rétablir la libre circulation des biens et des personnes, un droit constitutionnel menacé par ce qu’il qualifie de « sabotage économique ».
Un mouvement social ancré et radicalisé
Le mouvement de contestation, qui a pris de l’ampleur depuis la mi-avril 2026, rassemble des organisations paysannes, des syndicats de transporteurs et des groupes indigènes. Leurs revendications, initialement centrées sur le coût de la vie et les réformes économiques, se sont rapidement cristallisées autour d’une demande unique : le départ du président Paz, accusé de mener une politique d’austérité et de favoriser les intérêts étrangers au détriment des classes populaires. D’après des sources gouvernementales citées par RFI, plusieurs tentatives de médiation, menées par l’Église catholique et des organisations internationales, ont échoué en raison de l’intransigeance des deux camps. Les leaders syndicaux, de leur côté, dénoncent une « militarisation du conflit » et promettent une résistance accrue si l’armée intervient.
Implications juridiques et risques d’escalade
L’autorisation parlementaire ouvre la voie à une opération militaire d’envergure, dont les modalités restent à préciser par le commandement des forces armées. Le président Paz a déclaré, selon des propos rapportés par des médias locaux, que l’armée agirait « dans le cadre de la loi et avec proportionnalité », en privilégiant le déminage pacifique des barrages avant toute action coercitive. Cependant, cette décision suscite de vives inquiétudes au sein de l’opposition et des organisations de défense des droits humains. L’ancien président Evo Morales, figure tutélaire de la gauche bolivienne, a qualifié cette loi de « déclaration de guerre contre le peuple ». Le recours à l’armée pour des missions de maintien de l’ordre interne, bien que prévu par la Constitution en cas de « menace à la sécurité intérieure », pourrait exacerber les tensions et conduire à des affrontements directs, dans un pays déjà marqué par des épisodes de violence politique récurrents.
Une crise aux répercussions régionales
Cette décision intervient alors que la Bolivie subit des pressions économiques croissantes, avec une inflation galopante et une chute des recettes d’exportation de gaz naturel. Les blocages routiers ont également perturbé les échanges commerciaux avec les pays voisins, comme le Pérou, le Brésil et l’Argentine, suscitant des préoccupations diplomatiques. L’issue de cette confrontation entre le pouvoir exécutif et les mouvements sociaux pourrait redéfinir l’équilibre politique du pays pour les années à venir. Si l’intervention militaire parvient à rétablir l’ordre sans effusion de sang, elle renforcerait probablement l’autorité de Paz, mais au prix d’une fracture sociale durable. À l’inverse, un échec ou une escalade violente pourrait précipiter sa chute et ouvrir une période d’instabilité prolongée, dont les conséquences restent difficiles à mesurer.