BFM Stratégie (Cours n° 370) : Taxe Zucman, les effets sur les entreprises – 13/06

# Taxe Zucman : un projet de taxation des ultra-riches qui interroge le monde économique Le projet de taxe porté par l'économiste Gabriel Zucman, visant à impos
# Taxe Zucman : un projet de taxation des ultra-riches qui interroge le monde économique
Le projet de taxe porté par l'économiste Gabriel Zucman, visant à imposer les patrimoines les plus élevés au niveau mondial, suscite un vif débat dans le milieu des affaires. Dans le cours n°370 de l'émission BFM Stratégie, diffusé le samedi 13 juin sur BFM Business, Xavier Fontanet, ancien président d'Essilor, a décrypté les implications de cette mesure potentielle pour les entreprises françaises et internationales. Alors que les discussions sur la justice fiscale s'intensifient, ce mécanisme pourrait redessiner les contours de la compétitivité économique.
## Une proposition fiscale aux ambitions planétaires
La taxe Zucman, du nom de l'économiste français spécialiste des paradis fiscaux, propose d'instaurer un impôt minimal sur les grandes fortunes mondiales. Selon les travaux de Gabriel Zucman, cités dans le cadre de l'émission, ce prélèvement concernerait les 0,01 % des contribuables les plus riches, soit environ 2 700 milliardaires dans le monde. L'objectif affiché serait de lutter contre l'évasion fiscale et de financer des biens publics mondiaux, comme la transition écologique ou la santé. Xavier Fontanet a souligné que cette initiative, bien que séduisante sur le papier, soulève des questions opérationnelles majeures : comment garantir son application uniforme entre les juridictions ? Quels seraient les risques de délocalisation des capitaux ? Le projet, porté par plusieurs organisations internationales, n'a pas encore de traduction législative concrète en France ou dans l'Union européenne.
## Des conséquences directes sur la stratégie des entreprises
Pour les entreprises, l'impact de cette taxe serait multiple. Xavier Fontanet, fort de son expérience à la tête d'Essilor, a expliqué que les groupes cotés pourraient voir leur actionnariat se recomposer si les investisseurs les plus fortunés étaient soumis à un impôt supplémentaire. Les fonds d'investissement, les family offices et les entrepreneurs-créateurs seraient particulièrement concernés. "L'innovation et la prise de risque pourraient être freinées si les dirigeants anticipent une fiscalité confiscatoire", a-t-il déclaré lors de l'émission. Par ailleurs, la mise en place d'un tel mécanisme nécessiterait une coordination fiscale internationale sans précédent, comparable à celle obtenue pour l'impôt minimal sur les sociétés à 15 %. Les entreprises devraient donc intégrer ce risque fiscal dans leur planification stratégique à long terme, notamment pour leurs décisions d'investissement et de localisation.
## Un débat qui divise le monde économique
La proposition de Gabriel Zucman ne fait pas l'unanimité. Si certains économistes et ONG y voient un outil de justice sociale indispensable, les milieux d'affaires expriment des réserves. Xavier Fontanet a rappelé que la France avait déjà expérimenté l'ISF (impôt de solidarité sur la fortune), supprimé en 2018 au profit de l'IFI (impôt sur la fortune immobilière), avec des effets mitigés sur l'attractivité du territoire. "La question centrale est celle de l'équilibre entre redistribution et compétitivité", a-t-il insisté. Les critiques pointent également le risque de voir les capitaux fuir vers des places financières moins contraignantes, comme Singapour ou les Émirats arabes unis. Le débat, relancé par les travaux de Zucman, intervient dans un contexte où les inégalités mondiales se sont creusées après la pandémie de Covid-19, selon les données du rapport sur les inégalités mondiales publié par le laboratoire de l'économiste.
## Perspectives : un chantier législatif semé d'embûches
À ce stade, la taxe Zucman reste une proposition théorique, sans calendrier législatif précis. Les discussions avancent au sein du G20 et de l'OCDE, mais les divergences entre pays freinent toute avancée concrète. Les entreprises françaises, en particulier les ETI et les start-up, suivent ces débats avec attention. Pour Xavier Fontanet, l'enjeu est clair : "La France doit choisir entre un modèle fiscal qui pénalise la création de richesse ou un modèle qui encourage l'investissement productif." Alors que le gouvernement français n'a pas officiellement pris position, le monde économique attend des signaux clairs pour ajuster ses stratégies. Le prochain épisode de BFM Stratégie, prévu le 20 juin, pourrait apporter des éclairages supplémentaires sur ce dossier brûlant.