BFM Stratégie (Cours n° 369) : Ormuz, l'Europe face au choc énergétique – 06/06

Introduction Le détroit d'Ormuz, passage stratégique par lequel transite près d'un tiers du pétrole mondial, se trouve au cœur d'une nouvelle équation géopoliti
Introduction
Le détroit d'Ormuz, passage stratégique par lequel transite près d'un tiers du pétrole mondial, se trouve au cœur d'une nouvelle équation géopolitique et énergétique pour l'Europe. Dans le cadre du cours n° 369 de l'émission BFM Stratégie, diffusé ce samedi 6 juin sur BFM Business, les experts François Tibi, directeur associé senior au BCG et spécialiste des marchés de l'énergie, et Thomas Giraud, également directeur associé au BCG et membre du centre d'expertise énergie, ont décrypté les implications d'un possible choc énergétique pour le Vieux Continent. Face à des tensions croissantes dans la région du Golfe, la dépendance européenne aux hydrocarbures acheminés via cette voie maritime soulève des questions cruciales sur la sécurité d'approvisionnement et la transition énergétique.
Un détroit sous pression géopolitique
Le détroit d'Ormuz, reliant le golfe Persique au golfe d'Oman, constitue un goulet d'étranglement majeur pour les flux énergétiques mondiaux. Selon les analyses présentées par François Tibi et Thomas Giraud lors de l'émission, toute perturbation de ce passage – qu'elle soit due à des conflits régionaux, des actes de piraterie ou des blocages délibérés – pourrait provoquer une flambée des prix du pétrole et du gaz naturel liquéfié. L'Europe, qui importe une part significative de son gaz et de son pétrole en provenance du Moyen-Orient, serait directement exposée à un tel scénario. Les experts du BCG ont souligné que la vulnérabilité ne se limite pas aux seuls approvisionnements : les infrastructures de raffinage et de stockage européennes, encore largement calibrées pour des flux stables, pourraient rapidement montrer leurs limites en cas de crise prolongée. Ce constat intervient dans un contexte où la demande énergétique mondiale continue de croître, tandis que les capacités de production alternatives restent contraintes.
Les conséquences économiques d’un choc énergétique
Un choc énergétique déclenché par une fermeture ou une restriction du détroit d’Ormuz aurait des répercussions immédiates sur l’économie européenne. Les prix de l’énergie, déjà volatils depuis la crise ukrainienne, pourraient atteindre des niveaux records, alimentant l’inflation et pesant sur la compétitivité des industries européennes. François Tibi et Thomas Giraud ont détaillé, dans le cours n° 369, les mécanismes de transmission de ce choc : augmentation des coûts de production pour les secteurs manufacturiers, hausse des factures pour les ménages, et pression accrue sur les banques centrales pour ajuster leurs politiques monétaires. Les secteurs les plus exposés, comme la chimie, la sidérurgie ou le transport, subiraient des perturbations majeures. Par ailleurs, la dépendance européenne vis-à-vis des importations de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar et des Émirats arabes unis, qui transitent également par Ormuz, renforcerait la vulnérabilité. Les experts ont estimé que sans diversification rapide des sources d’approvisionnement, l’Europe pourrait faire face à une récession technique si la crise durait plus de six mois.
Stratégies d’atténuation et perspectives pour l’Europe
Face à ce risque systémique, les invités de Frédéric Simottel ont esquissé plusieurs pistes pour renforcer la résilience énergétique européenne. La première consiste à accélérer le déploiement des énergies renouvelables, afin de réduire la part des hydrocarbures importés dans le mix énergétique. La seconde repose sur le développement de capacités de stockage stratégiques, notamment pour le gaz naturel, et sur la diversification des routes d’approvisionnement, via des corridors comme le gazoduc transsaharien ou les terminaux de GNL en Méditerranée. Les experts ont également évoqué l’importance d’une coordination renforcée entre les États membres de l’Union européenne pour mutualiser les achats et les réserves, à l’image des mécanismes mis en place après 2022. Enfin, la diplomatie énergétique, incluant des dialogues avec les pays du Golfe et les grands producteurs, demeure un levier essentiel pour prévenir les tensions. Le cours n° 369 de BFM Stratégie met ainsi en lumière une équation complexe : l’Europe doit concilier urgence climatique, sécurité d’approvisionnement et indépendance géopolitique, dans un monde où le détroit d’Ormuz reste un point de bascule potentiel.
Conclusion L’analyse de François Tibi et Thomas Giraud, diffusée ce samedi 6 juin dans BFM Stratégie, rappelle que la dépendance énergétique européenne au détroit d’Ormuz constitue une fragilité structurelle. Si aucun scénario catastrophe n’est inévitable, la probabilité d’un choc, même temporaire, impose des mesures préventives. La transition énergétique, au-delà de son impératif climatique, apparaît ainsi comme un levier de souveraineté économique pour le continent.