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BFM Stratégie (Cours n° 368) : Afrique-France, un partenariat à réinventer – 06/06

Economie · · Par Julie MOREAU

BFM Stratégie (Cours n° 368) : Afrique-France, un partenariat à réinventer – 06/06

Introduction Le 6 juin dernier, l’émission BFM Stratégie, présentée par Frédéric Simottel sur BFM Business, a consacré son cours n°368 à la refondation des rela

Introduction

Le 6 juin dernier, l’émission BFM Stratégie, présentée par Frédéric Simottel sur BFM Business, a consacré son cours n°368 à la refondation des relations économiques entre la France et l’Afrique. À l’occasion de l’Africa Forward Summit, qui s’est tenu à Nairobi, deux invités de marque ont partagé leurs analyses : Nachouat Meghouar, directrice générale de la French-African Foundation, et Patrick Dupoux, directeur associé senior au BCG. Le constat est sans appel : le partenariat historique doit être réinventé pour répondre aux enjeux démographiques, technologiques et géopolitiques du continent.

Un contexte de mutation accélérée

L’Afrique, forte de plus d’un milliard d’habitants et d’une croissance démographique parmi les plus rapides au monde, représente un marché en pleine expansion. Pourtant, les échanges commerciaux avec la France stagnent depuis une décennie, tandis que la Chine, la Turquie ou les Émirats arabes unis gagnent du terrain. Selon les données évoquées lors de l’émission, la part de la France dans les importations africaines serait passée d’environ 10 % en 2010 à moins de 7 % en 2024. Ce recul s’explique, selon Patrick Dupoux, par une approche trop « verticale » et « descendante » des partenariats, souvent centrée sur les matières premières au détriment des industries locales.

Nachouat Meghouar a souligné que l’Africa Forward Summit de Nairobi a mis en lumière la nécessité d’un « dialogue équilibré » entre les parties prenantes. Les jeunes entrepreneurs africains, présents en nombre, réclament désormais des collaborations basées sur le transfert de compétences et le co-investissement, plutôt que sur l’aide traditionnelle. « Les PME françaises ont tout à gagner à s’implanter localement, en créant des joint-ventures avec des acteurs africains », a-t-elle déclaré.

L’innovation comme levier de reconquête

L’un des points clés du débat a porté sur le rôle de la technologie et de l’intelligence artificielle dans la redéfinition des liens économiques. Le BCG estime que le numérique pourrait ajouter jusqu’à 180 milliards de dollars au PIB africain d’ici 2030, à condition que les infrastructures suivent. Patrick Dupoux a cité l’exemple des fintechs kényanes, comme M-Pesa, qui ont révolutionné l’inclusion bancaire. « La France dispose d’un écosystème de start-up performant, mais elle peine à exporter ces modèles en Afrique, souvent par méconnaissance des réalités locales », a-t-il expliqué.

Le sommet de Nairobi a également mis en avant des secteurs porteurs comme l’agritech, la santé numérique et les énergies renouvelables. La French-African Foundation, par la voix de sa directrice générale, appelle à la création de « hubs d’innovation conjoints » entre universités françaises et africaines. Un projet pilote serait en cours de discussion avec le Kenya et le Sénégal, visant à former 10 000 jeunes talents d’ici 2028 aux métiers de la data et de l’IA.

Un partenariat à équilibrer

Au-delà des chiffres, c’est la nature même du partenariat qui est questionnée. Nachouat Meghouar a rappelé que l’Africa Forward Summit a réuni plus de 200 décideurs publics et privés, avec une forte représentation de la société civile africaine. « Il ne s’agit plus de faire pour l’Afrique, mais avec l’Afrique », a-t-elle insisté. Les participants ont plaidé pour une révision des accords de libre-échange, jugés trop asymétriques, et pour un meilleur accès des produits africains au marché européen.

Patrick Dupoux a ajouté que le BCG observe une « montée en puissance des champions africains » dans des secteurs comme les télécommunications, la banque ou l’agroalimentaire. Ces entreprises locales, souvent plus agiles que leurs concurrentes internationales, pourraient devenir des partenaires privilégiés pour les groupes français souhaitant se déployer sur le continent. « L’enjeu est de passer d’une logique d’extraction à une logique de co-création », a-t-il conclu.

Conclusion

Le cours n°368 de BFM Stratégie a dressé un diagnostic lucide : la relation économique entre la France et l’Afrique est à un tournant. Alors que le continent africain s’affirme comme un pôle de croissance mondial, la France doit adapter son modèle pour rester un partenaire de premier plan. Les pistes évoquées — innovation, formation, équité des échanges — dessinent les contours d’un partenariat plus horizontal et durable. Reste à savoir si les acteurs économiques français sauront saisir cette fenêtre d’opportunité, dans un contexte de concurrence internationale accrue.