Bérénice Levet : « La crise des lycéens est aussi une crise des adultes »

## Bérénice Levet : « La crise des lycéens est aussi une crise des adultes » Dans une tribune publiée ce 16 octobre 2026 dans les colonnes du Figaro, la philoso
## Bérénice Levet : « La crise des lycéens est aussi une crise des adultes »
Dans une tribune publiée ce 16 octobre 2026 dans les colonnes du Figaro, la philosophe Bérénice Levet livre une lecture singulière des récents mouvements lycéens, déplaçant le regard de la jeunesse vers ceux qui sont censés l'encadrer. Selon l'auteure, dont le dernier ouvrage paru est *Penser ce qui nous arrive avec Hannah Arendt*, les blocages d'établissements scolaires ne sauraient se réduire à une simple revendication générationnelle : ils révéleraient, en creux, une défaillance plus profonde de la transmission.
## Deux jeunesses, deux figures de l'adulte
La philosophe part d'un constat qu'elle juge insuffisamment médité. D'un côté, rappelle-t-elle, une jeunesse a réservé un accueil fervent au pape Léon XIV ; de l'autre, à quelques jours de distance, une autre frange de la jeunesse s'est indignée, a revendiqué, a « bloqué » des établissements, quand elle ne les a pas incendiés. Ce contraste, largement commenté, masquerait toutefois l'essentiel : celui qui oppose deux manières d'être adulte face aux jeunes générations.
D'après la tribune, la première figure est celle d'un adulte qui inscrit la jeunesse dans une histoire et l'appelle à des réalités supérieures — le mot de vocation retrouvant, selon l'auteure, toute sa force. La seconde, à l'inverse, serait celle d'un adulte qui flatte la jeunesse, la flagorne, et renonce de fait à exercer une quelconque autorité. Cette asymétrie, estime Bérénice Levet, éclaire d'un jour nouveau les tensions observées dans les lycées.
## L'autorité, un legs et non un rapport de force
Au cœur de l'argumentation figure une conception exigeante de l'autorité. Pour la philosophe, celle-ci ne se confond ni avec la contrainte ni avec la séduction. Elle procède d'êtres « qui font autorité parce que leur parole vient de plus loin qu'eux-mêmes » et qui transmettent la civilisation comme un legs à faire sien. La crise lycéenne serait donc, dans cette perspective, moins une crise de la jeunesse qu'une crise de ceux qui devraient incarner cette transmission.
Cette lecture rejoint un débat récurrent sur l'école et l'éducation, alimenté notamment par les réflexions autour de Hannah Arendt, dont Bérénice Levet est une lectrice reconnue. La question de l'autorité y est posée comme condition même de l'entrée dans le monde commun, et non comme un vestige à déconstruire. La tribune s'inscrit ainsi dans une ligne critique envers les pédagogies qui, selon ses tenants, auraient dilué la verticalité de la relation éducative.
## Un contexte de tensions dans les établissements
Cette prise de position intervient alors que le mouvement lycéen, marqué ces dernières semaines par des blocages, semble toutefois s'essouffler, selon le Figaro, malgré l'activisme d'une minorité militante. Le contraste entre l'ampleur médiatique des actions et leur ancrage réel dans les établissements nourrit d'ailleurs les interrogations sur la représentativité des revendications exprimées.
La philosophe, dont un prochain ouvrage intitulé *C'est chose fragile que l'humanité* doit paraître aux éditions de L'Observatoire, prolonge là une réflexion entamée de longue date sur la transmission et la fragilité du lien entre générations. Sa thèse, formulée au conditionnel par ses détracteurs comme par ses partisans, pourrait alimenter le débat public sur la place de l'autorité dans l'institution scolaire.
Reste à savoir si cette analyse trouvera un écho au-delà du cercle des lecteurs déjà convaincus. La question de la responsabilité adulte, en effet, dépasse le seul cadre lycéen et touche à la manière dont une société conçoit ce qu'elle lègue — ou renonce à léguer — à ceux qui viennent après elle.