Bercy les évalue à 166 milliards d'euros pour 2024: le gouvernement va désormais chiffrer chaque année les aides publiques versées aux entreprises

Le gouvernement a publié, mardi 13 octobre, son premier chiffrage officiel des aides publiques versées aux entreprises, évaluées à 166 milliards d'euros pour 20
Le gouvernement a publié, mardi 13 octobre, son premier chiffrage officiel des aides publiques versées aux entreprises, évaluées à 166 milliards d'euros pour 2024 dans leur acception la plus large. Bercy promet de renouveler cet exercice chaque année, une manière de répondre aux critiques récurrentes sur l'opacité de ces dispositifs. L'annonce intervient après une commission d'enquête du Sénat qui avait déploré l'absence de "définition juridique transversale des aides publiques aux entreprises".
## Deux périmètres, deux chiffres
Le ministère de l'Économie a retenu une définition issue d'une concertation menée par le Haut-commissariat au plan. Est intégrée dans son calcul toute aide qui mobilise de l'argent au profit d'une entreprise sans contrepartie équivalente. De cette définition découlent deux chiffres. Le premier, de près de 60 milliards d'euros, ne retient que "les aides pour lesquelles il n'y a absolument aucun doute", a expliqué Bercy lors d'un point presse. Le second, de 166 milliards d'euros, vise un périmètre plus large, principalement en incluant les allègements généraux de cotisations patronales, qui représentent à eux seuls 65 milliards d'euros.
Dans le premier ensemble, Bercy identifie 27 milliards d'euros d'avantages fiscaux, dont 8 milliards au titre du crédit d'impôt recherche, 24 milliards d'euros de subventions — notamment pour l'emploi d'apprentis ou en soutien aux énergies renouvelables — et près de 4 milliards d'euros d'aides financières, comme des garanties de prêts.
## L'écart avec les sénateurs
Le chiffre de 166 milliards d'euros contraste avec les évaluations de la commission d'enquête du Sénat, qui avait estimé ces aides à 211 milliards d'euros pour 2023 au sens large et à 108 milliards au sens strict. Bercy explique cet écart d'abord par les années de référence : 2023 fait partie "des années où il y a eu un certain nombre d'aides de crise au profit des entreprises", rappelle le ministère. Surtout, le gouvernement ne compte pas les financements de Bpifrance accordés aux entreprises, ce qui réduit mécaniquement le total affiché.
## Un exercice de transparence à confirmer
Ce premier chiffrage officiel répond à une demande ancienne de clarification. Il avait été lancé fin 2025 en réaction aux travaux du Sénat, qui pointaient l'absence de méthode partagée pour mesurer le soutien public aux entreprises. La promesse de reconduire l'exercice chaque année constitue désormais le principal enjeu : c'est la comparabilité des données dans le temps qui permettra de mesurer l'évolution réelle de ces dispositifs, et non la seule photographie d'une année donnée.
Reste que la coexistence de plusieurs définitions — celle de Bercy, celle des sénateurs — entretient une part de flou. Le débat sur le périmètre pertinent, entre aides strictes et allègements généraux, devrait donc se poursuivre, alors que le montant total mobilisé, quelle que soit la méthode retenue, dépasse largement la centaine de milliards d'euros annuels.