«Barbara Butch va-t-elle comprendre que c’est “son propre camp” qui nourrit l’antisémitisme ?»

Barbara Butch, figure de la scène électro et militante LGBTQ+, semble prise dans une contradiction que la chroniqueuse Noémie Halioua, dans une tribune publiée
Barbara Butch, figure de la scène électro et militante LGBTQ+, semble prise dans une contradiction que la chroniqueuse Noémie Halioua, dans une tribune publiée par Le Figaro, résume par une question acerbe : « Barbara Butch va-t-elle comprendre que c’est “son propre camp” qui nourrit l’antisémitisme ? » Le 18 juillet 2026, un concert de l’artiste a été interrompu par des militants pro-palestiniens et des membres de La France Insoumise (LFI), lui reprochant son soutien à la loi Yadan. Cet incident, loin d’être isolé, illustre selon l’essayiste une mécanique plus large où l’extrême gauche, sous couvert d’antisionisme, recycle les plus vieux stéréotypes antisémites.
Un concert interrompu, une artiste prise pour cible
Le 18 juillet dernier, Barbara Butch se produisait en concert lorsqu’une intervention militante a forcé l’arrêt de la représentation. Selon les informations rapportées par Le Figaro, les protestataires, proches de la mouvance pro-palestinienne et de LFI, lui reprochaient son soutien affiché à la loi Yadan, un texte dont les contours précis n’ont pas été détaillés dans la tribune. L’artiste, pourtant connue pour son engagement progressiste et son appartenance aux minorités sexuelles et de genre, se retrouve ainsi reniée par ceux-là mêmes qu’elle a longtemps soutenus. Noémie Halioua souligne cette dissonance : « Pourtant la DJ semble rester accrochée à cette gauche progressiste qui l’a reniée. » L’incident révèle une fracture au sein des milieux militants, où la question israélo-palestinienne agit comme un révélateur et un repoussoir.
L’antisémitisme, une « bactérie ultrarésistante » selon Poliakov
Pour étayer son analyse, Noémie Halioua convoque l’historien Léon Poliakov, qui décrivait l’antisémitisme comme « une bactérie ultrarésistante » capable de muter à travers les époques. « Étrangers indésirables dans l’Antiquité, “peuple déicide” au Moyen Âge, conservateurs à l’ère du progrès, “race” dangereuse sous le nazisme », énumère-t-elle, avant d’ajouter que les Juifs furent « accusés tour à tour du capitalisme international, du bolchevisme ou de la décadence culturelle ». Cette capacité d’adaptation expliquerait, selon la tribune, la résurgence actuelle d’une hostilité envers les Juifs, désormais habillée sous les traits de l’antisionisme. Depuis le pogrom du 7 octobre 2023 et la riposte israélienne qui a suivi, artistes, journalistes et intellectuels de confession juive seraient menacés de mort, chassés de scène, tandis que des enfants seraient traités de « génocidaires » et de « nazisionistes » dans les écoles.
L’islamo-gauchisme comme nouveau visage de la haine
La chroniqueuse pointe du doigt ce qu’elle nomme « l’islamo-gauchisme », un courant qui, selon elle, « habille cette haine ancestrale de l’antisionisme et qui répand sa terreur à la vitesse de l’éclair ». Ce concept, souvent utilisé dans le débat public français pour désigner une alliance entre certaines franges de l’extrême gauche et des mouvements islamistes, serait à la manœuvre dans les perturbations ciblant des personnalités juives ou pro-israéliennes. Dans le cas de Barbara Butch, l’accusation de soutien à la loi Yadan — un texte qui pourrait viser à lutter contre l’antisémitisme ou à renforcer les liens avec Israël, bien que son contenu précis ne soit pas explicité — a suffi à déclencher une réaction hostile de la part de militants qui se réclament pourtant de la même famille politique qu’elle.
Une question ouverte sur l’avenir des solidarités militantes
La tribune de Noémie Halioua, publiée dans Le Figaro le 22 juillet 2026, laisse en suspens la question de savoir si Barbara Butch prendra acte de ce qu’elle considère comme une trahison de son camp. L’essayiste semble suggérer que l’artiste, en restant « accrochée à cette gauche progressiste », risque de continuer à subir les conséquences d’une contradiction insoluble. Au-delà du cas individuel, ce sont les mécanismes de solidarité et d’exclusion au sein des mouvements sociaux qui sont interrogés. Alors que les incidents antisémites se multiplient en France depuis 2023, la question de la responsabilité des discours politiques et militants dans la normalisation de cette haine reste plus que jamais d’actualité. La position future de Barbara Butch, tout comme celle des figures publiques confrontées à des dilemmes similaires, pourrait bien influencer les équilibres fragiles de la scène militante française.