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Australie: la Grande Barrière de corail pas «en péril» mais dans un état préoccupant

Monde · · Par Claire BERNARD

Australie: la Grande Barrière de corail pas «en péril» mais dans un état préoccupant

L’ONU exprime sa « préoccupation absolue » face au déclin de la Grande Barrière de corail, qui échappe pour l’instant à un classement comme « en péril » par l’U

L’ONU exprime sa « préoccupation absolue » face au déclin de la Grande Barrière de corail, qui échappe pour l’instant à un classement comme « en péril » par l’Unesco.

Selon un rapport préliminaire de l’Organisation des Nations unies (ONU) rendu public vendredi 3 juillet, l’état de la Grande Barrière de corail australienne suscite une « préoccupation absolue » quant à sa capacité à se régénérer face aux pressions conjuguées du changement climatique et des activités humaines. Ce document, qui servira de base aux discussions du Comité du patrimoine mondial de l’Unesco, constate que le récif, pourtant l’un des écosystèmes les plus riches de la planète, n’a pas été inscrit sur la liste du « patrimoine mondial en péril ». Cette décision, bien que temporaire, intervient alors que les scientifiques australiens et internationaux tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs années sur la dégradation accélérée de ce site classé.

L’absence d’inscription sur la liste « en péril » pourrait être perçue comme un répit pour le gouvernement australien, qui a multiplié les efforts diplomatiques pour éviter une telle classification, jugée préjudiciable pour l’image touristique du pays. Cependant, le rapport onusien ne laisse aucun doute sur la gravité de la situation. Il souligne que les épisodes de blanchissement massif des coraux, provoqués par la hausse des températures de l’eau, se succèdent à un rythme alarmant, compromettant la survie à long terme de l’écosystème. La « préoccupation absolue » exprimée par l’ONU traduit une inquiétude qui dépasse le simple constat scientifique pour toucher aux engagements politiques et aux mesures concrètes de protection.

Un écosystème sous pression multiple

La Grande Barrière de corail, qui s’étend sur environ 2 400 kilomètres le long de la côte est de l’Australie, abrite une biodiversité exceptionnelle : 400 types de coraux et 1 500 espèces de poissons y sont recensés. Ce patrimoine naturel, classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1981, est pourtant soumis à des pressions croissantes. Le réchauffement climatique, en provoquant des vagues de chaleur marines, entraîne le blanchissement des coraux, un phénomène qui les affaiblit et peut conduire à leur mort. Par ailleurs, la pollution agricole, notamment les ruissellements de sédiments et de pesticides, ainsi que le développement côtier, aggravent la dégradation de l’eau et réduisent la capacité de régénération du récif.

Les autorités australiennes ont mis en place un plan de gestion à long terme, baptisé « Reef 2050 », qui vise à améliorer la qualité de l’eau, à réduire les pressions locales et à renforcer la résilience de l’écosystème. Toutefois, les experts estiment que ces mesures pourraient s’avérer insuffisantes si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas drastiquement réduites au niveau mondial. Le rapport de l’ONU insiste d’ailleurs sur le fait que la santé du récif dépend en grande partie de l’action climatique globale, une dimension qui échappe au seul contrôle de Canberra.

Un répit diplomatique mais un avenir incertain

Le refus de classer la Grande Barrière de corail comme « en péril » pourrait être interprété comme une victoire diplomatique pour l’Australie, qui avait activement fait campagne auprès des membres du Comité du patrimoine mondial pour éviter cette étiquette. Une inscription sur cette liste aurait pu dissuader certains touristes et nuire à l’image de marque du pays, alors que le tourisme représente une part significative de l’économie régionale du Queensland. Cependant, ce répit est fragile. Le rapport préliminaire servira de base à une décision finale lors de la prochaine session du Comité, prévue en juillet 2021, et les pressions pour une inscription pourraient se renforcer si les indicateurs de santé du récif continuent de se dégrader.

Pour les scientifiques et les organisations environnementales, l’absence de classement « en péril » ne doit pas occulter l’urgence de la situation. Ils soulignent que la Grande Barrière de corail a déjà perdu plus de la moitié de sa couverture corallienne depuis les années 1990, et que les épisodes de blanchissement de 2016 et 2017 ont été les plus graves jamais enregistrés. L’ONU, en exprimant sa « préoccupation absolue », envoie un signal clair : le temps des discours et des promesses est révolu, et des actions concrètes, à la fois locales et globales, sont nécessaires pour éviter un effondrement irréversible de ce joyau de la biodiversité mondiale. La question reste désormais de savoir si l’Australie et la communauté internationale sauront répondre à ce défi avant qu’il ne soit trop tard.