Onyx Infos

"Aucun suspense, elle interviendra": si la France s'enfonce dans la crise de la dette, la BCE dispose de trois armes pour la sauver: la douce, la puissante et la douloureuse

Economie · · Par Julie MOREAU

## La BCE face à une éventuelle crise de la dette française : trois scénarios sur la table La France emprunte cher. Depuis plusieurs jours, le taux de son oblig

## La BCE face à une éventuelle crise de la dette française : trois scénarios sur la table La France emprunte cher. Depuis plusieurs jours, le taux de son obligation à dix ans oscille entre 4,70 % et 5 %, un niveau qui traduit la défiance des investisseurs internationaux à l'égard de ses finances publiques. L'écart de rendement avec le Bund allemand, référence de la zone euro, tourne autour de 140 points de base, contre moins de 90 points il y a un mois encore. Une dégradation rapide qui place la Banque centrale européenne au cœur des spéculations. ## Un spread sous surveillance Le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a lui-même reconnu cette semaine que « la situation est grave ». Il attribue ce décrochage à deux facteurs : un déficit public plus élevé que celui des autres pays de la zone euro, et une incertitude politique liée au vote du budget. Ce diagnostic est partagé par de nombreux analystes, qui redoutent une contagion à l'ensemble de la zone euro si aucune majorité claire ne se dégage après l'élection présidentielle de 2027. Le spread franco-allemand est devenu l'indicateur que tous les opérateurs de marché surveillent, car il mesure en temps réel la prime de risque exigée par les investisseurs pour détenir de la dette française plutôt qu'allemande. ## Trois armes, trois degrés d'intensité Selon BFM Business, l'institution de Francfort dispose de trois leviers pour intervenir si la situation s'aggravait. La première, dite « douce », consisterait en des déclarations rassurantes et des signaux verbaux destinés à calmer les marchés sans engagement financier. La deuxième, qualifiée de « puissante », reposerait sur des rachats ciblés d'obligations souveraines françaises, sur le modèle du programme OMT jamais activé ou de l'instrument de protection contre la transmission (TPI) créé en 2022. La troisième, jugée « douloureuse », impliquerait des conditions strictes de consolidation budgétaire en contrepartie du soutien de la BCE, un scénario politiquement explosif. ## L'intervention ne fait guère de doute pour certains Pour Robin Brooks, économiste à l'Institut Brookings, l'issue ne souffre aucun suspense. « La France est dans une crise de la dette et il n'y a aucun suspense sur la façon dont cela se terminera. La BCE interviendra », a-t-il écrit, relayé par BFM Business. Une conviction que nuance la BCE elle-même : l'institution rappelle qu'elle « n'est pas là pour traiter les problèmes budgétaires des pays », mais pour lutter contre l'inflation et maintenir celle-ci autour de 2 %. Ce rappel traduit la ligne officielle de Francfort, soucieuse de ne pas transformer la politique monétaire en instrument de sauvetage budgétaire. L'enjeu dépasse largement le cadre français. Une crise de la dette dans la deuxième économie de la zone euro fragiliserait l'ensemble de la monnaie unique et ranimerait les débats sur la solidarité budgétaire entre États membres. La BCE devra trancher entre fermeté doctrinale et pragmatisme face au risque systémique.