Au RN, l’autre campagne « présidentielle » de Jordan Bardella

À quelques semaines d'un congrès qui devrait le reconduire à la tête du Rassemblement national, Jordan Bardella mène une campagne qui ressemble de plus en plus
À quelques semaines d'un congrès qui devrait le reconduire à la tête du Rassemblement national, Jordan Bardella mène une campagne qui ressemble de plus en plus à une présidentielle avant l'heure. Selon les informations rapportées par Le Figaro dans un article publié le 20 septembre 2026, le président du parti à la flamme, seul candidat déclaré à sa propre succession, multiplie les déplacements sur le terrain, au point que son agenda finit par ressembler à celui d'un candidat engagé dans une élection nationale.
## Une rentrée militante aux allures de tournée électorale
Le quotidien rapporte notamment une réunion militante tenue à Breteuil, commune de 4 000 habitants située au bord de l'A16, dans l'Oise. Ce samedi-là, les trois fédérations « picardes » du parti avaient choisi d'organiser leur rentrée commune, sous la forme d'une « grande fête », réunissant des militants de l'Oise, de la Somme et de l'Aisne. Le choix du lieu n'est pas anodin : Breteuil avait voté à 42 % pour Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle de 2022, et la commune a envoyé une députée RN, Claire Marais-Beuil, à l'Assemblée nationale. D'après Le Figaro, Jordan Bardella aurait lui-même souri de l'ironie de la situation, tant cette dynamique locale sert de vitrine à son propre positionnement.
## Un congrès verrouillé, une stratégie de long terme
Seul candidat à la tête du RN, le patron du parti devrait être reconduit sans difficulté lors du congrès prévu fin octobre. Cette absence de concurrence interne pourrait sembler réduire l'enjeu du scrutin. Pourtant, selon l'analyse du Figaro, cette séquence sert surtout à installer Jordan Bardella dans une posture de candidat naturel pour la prochaine échéance présidentielle. En effet, la multiplication des déplacements en province, l'entretien accordé au Figaro dans son bureau au siège du parti quelques jours après les municipales de 2026, ainsi que la mise en avant de figures locales, participent d'une même logique : occuper le terrain médiatique et militant, loin des seules joutes internes.
## L'héritage Le Pen en toile de fond
Cette stratégie ne peut toutefois se lire sans le contexte familial et historique du parti. Marine Le Pen, dont le nom reste associé au score de 2022 à Breteuil, continue d'occuper une place centrale dans l'appareil, et envisage toujours, selon Le Figaro, de peser sur l'organisation territoriale du mouvement. La question des « super-régions », un temps portée par François Hollande et jamais appréciée au RN, illustre d'ailleurs les réticences du parti à toute recomposition administrative. Par ailleurs, la coexistence entre l'ancienne présidente du parti et son jeune successeur demeure un point d'équilibre délicat, d'autant plus que chaque déplacement de Bardella est susceptible d'être interprété comme une prise de position pour la suite.
## Une campagne sans adversaire déclaré
Reste une inconnue : l'absence de rival interne ne garantit pas l'absence de tensions. Selon des sources internes citées par Le Figaro, cette campagne « présidentielle » avant l'heure pourrait aussi servir à mesurer la capacité de Jordan Bardella à fédérer au-delà de son noyau militant. Toutefois, aucune annonce officielle de candidature à la présidentielle n'a été confirmée à ce stade, et l'intéressé s'en tient, pour l'instant, à la direction du parti. La suite dépendra largement du congrès d'octobre et de la manière dont le RN parviendra à conjuguer héritage et renouvellement.