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Au Mans, La Fonderie, fabrique artistique atypique créée par François Tanguy et Laurence Chable, résiste aux lois du marché

Culture · · Par Emma ROUSSEAU

Au Mans, La Fonderie, fabrique artistique atypique créée par François Tanguy et Laurence Chable, résiste aux lois du marché

## La Fonderie, une utopie théâtrale qui tient tête au temps Au Mans, dans l’ancienne usine où François Tanguy et Laurence Chable ont posé leurs valises en 1986

## La Fonderie, une utopie théâtrale qui tient tête au temps Au Mans, dans l’ancienne usine où François Tanguy et Laurence Chable ont posé leurs valises en 1986, le théâtre continue de se fabriquer loin des logiques de rentabilité. Selon les informations du *Monde Culture*, « Par autan », le dernier spectacle du metteur en scène disparu en 2022, y est repris au mois d’octobre. Un retour aux sources pour une œuvre conçue dans cet espace singulier, devenu au fil des décennies un laboratoire artistique à contre-courant des lois du marché. ## Un lieu né d’une rencontre et d’une intuition L’histoire de La Fonderie se confond avec celle d’un couple de créateurs. François Tanguy, metteur en scène, et Laurence Chable, directrice du Théâtre du Radeau, investissent en 1986 ce bâtiment industriel de la Sarthe. Ils en font bien plus qu’une scène : un atelier, un refuge, un territoire de recherche où le temps long prime sur l’immédiateté. Là où beaucoup de structures culturelles doivent céder aux impératifs de fréquentation et de visibilité, La Fonderie a su préserver une forme de liberté rare, fondée sur la patience et l’exigence. Le choix même du lieu — une ancienne fonderie — dit quelque chose de cette démarche : travailler la matière brute, la transformer lentement, accepter les scories. ## « Par autan », un adieu repris au présent La reprise de « Par autan » en octobre constitue un événement à plus d’un titre. Ce spectacle, dernier opus de François Tanguy, porte la trace d’un geste artistique achevé quelques mois avant sa mort, survenue en 2022. Le jouer à La Fonderie, c’est replacer l’œuvre dans son écrin d’origine, là où elle a été pensée, répétée, éprouvée. Pour le public, l’occasion est rare de mesurer combien un lieu peut influencer une écriture scénique. Pour la troupe, il s’agit sans doute d’un hommage autant que d’une continuité : faire vivre la pièce sans son auteur, mais avec tout ce qu’il a laissé derrière lui — des partitions, des images, une manière de faire théâtre. ## Résister, mode d’emploi La formule employée par *Le Monde Culture* — « résiste aux lois du marché » — mérite qu’on s’y arrête. Dans un secteur où les subventions se raréfient et où la concurrence entre institutions s’intensifie, tenir un lieu comme La Fonderie relève d’un équilibre précaire. Cela suppose des choix : programmation restreinte, fidélité à un noyau d’artistes, refus de la course aux gros plateaux. Laurence Chable, à la tête du Théâtre du Radeau, incarne cette constance. La reprise d’octobre n’est pas un coup médiatique ; c’est une nécessité intérieure, la preuve qu’une œuvre peut continuer de respirer même privée de celui qui l’a portée. ## Une leçon de théâtre et de ténacité Que « Par autan » soit repris trois ans après la disparition de son auteur n’a rien d’anodin. C’est le signe qu’une esthétique, quand elle est suffisamment forte, survit à son créateur. C’est aussi la démonstration qu’un lieu, quand il est habité avec conviction, devient bien plus qu’un équipement culturel : un organisme vivant. Au Mans, La Fonderie rappelle que le théâtre peut encore se concevoir comme un artisanat, avec ses gestes répétés, ses matières difficiles, ses feux qu’on entretient. Une leçon de résistance tranquille, à l’heure où tant de structures cherchent désespérément à séduire.