Attentats de Trèbes et Carcassonne : jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle requis en appel contre des proches du terroriste

Attentats de Trèbes et Carcassonne : jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle requis en appel contre des proches du terroriste Mardi 6 octobre, la cour d’assises
Attentats de Trèbes et Carcassonne : jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle requis en appel contre des proches du terroriste
Mardi 6 octobre, la cour d’assises d’appel de Paris a examiné les responsabilités de deux proches du terroriste Radouane Lakdim, auteur des attentats de Trèbes et Carcassonne en mars 2018. Selon des informations rapportées par Midi Libre, le parquet général a requis des peines de 16 et 20 ans de réclusion criminelle à l’encontre de Marine Pequignot et Samir Manaa, poursuivis pour association de malfaiteurs terroristes. Ce procès en appel intervient après une première condamnation prononcée en 2023, dans un dossier qui continue de diviser sur la qualification pénale des faits reprochés aux deux accusés.
Un dossier judiciaire au long cours
Les faits remontent au 23 mars 2018. Radouane Lakdid, fiché S et connu des services de renseignement pour ses liens avec la mouvance islamiste radicale, avait successivement attaqué des militaires à Carcassonne avant de prendre d’assaut le Super U de Trèbes. Le bilan humain s’était élevé à quatre morts, dont le gendarme Arnaud Beltrame, et plusieurs blessés. L’enquête avait rapidement orienté les investigations vers l’entourage du terroriste, notamment sur le rôle joué par ses proches dans la préparation ou la connaissance du projet criminel.
Marine Pequignot, compagne de Radouane Lakdim au moment des faits, et Samir Manaa, figure de la sphère salafiste locale, ont été renvoyés devant la justice pour association de malfaiteurs terroristes. Selon des sources judiciaires citées par Midi Libre, le parquet général estime que leur degré d’implication justifie des peines lourdes, en dépit des contestations de la défense qui plaide l’absence de preuve matérielle d’une participation directe aux attentats.
Des réquisitions qui relancent le débat sur la complicité
Les peines requises — 16 ans pour Marine Pequignot, 20 ans pour Samir Manaa — s’inscrivent dans une tendance jurisprudentielle observée depuis plusieurs années dans les procès pour terrorisme. Les juridictions françaises retiennent de plus en plus souvent la qualification d’association de malfaiteurs terroristes pour sanctionner l’entourage de djihadistes, même lorsque le lien direct avec l’acte criminel n’est pas formellement établi.
Cette approche suscite toutefois des réserves chez certains pénalistes. D’après des analyses juridiques publiées dans la presse spécialisée, la notion d’association de malfaiteurs suppose la démonstration d’un projet concerté et d’une adhésion volontaire à l’entreprise terroriste. Or, dans plusieurs dossiers similaires, les avocats de la défense ont dénoncé une extension du champ de la responsabilité pénale, au risque de confondre proximité affective ou idéologique avec complicité opérationnelle.
Par ailleurs, ce procès en appel s’ajoute à une série de procédures liées aux attentats de 2018, qui avaient profondément marqué l’Aude et relancé le débat national sur le suivi des individus fichés S. La question du rôle des services de renseignement dans la détection des signaux faibles avait alors été vivement critiquée, notamment dans un rapport parlementaire rendu public quelques mois après les faits.
Une décision attendue dans les prochaines semaines
La cour d’assises d’appel de Paris devrait rendre son verdict dans les prochaines semaines. Si les réquisitions du parquet général sont suivies, les peines prononcées pourraient être conformes à celles requises, voire modulées à la hausse ou à la baisse selon l’appréciation des jurés. Toutefois, la défense a d’ores et déjà annoncé son intention de contester toute condamnation jugée disproportionnée, ouvrant la voie à un éventuel pourvoi en cassation.
Ce dossier rappelle, en effet, la complexité des procédures judiciaires liées au terrorisme, où la recherche de vérité et l’exigence de proportionnalité des peines demeurent des équilibres délicats. Il illustre également la persistance d’un contentieux lourd, huit ans après les attentats, pour les parties civiles et les proches des victimes, en quête d’une reconnaissance judiciaire de leur préjudice.