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Arrestations arbitraires et morts en prison: au Salvador, Amnesty dénonce de possibles crimes contre l'humanité

Monde · · Par Claire BERNARD

Arrestations arbitraires et morts en prison: au Salvador, Amnesty dénonce de possibles crimes contre l'humanité

Arrestations arbitraires et morts en prison : au Salvador, Amnesty dénonce de possibles crimes contre l’humanité Le président salvadorien Nayib Bukele, souvent

Arrestations arbitraires et morts en prison : au Salvador, Amnesty dénonce de possibles crimes contre l’humanité

Le président salvadorien Nayib Bukele, souvent cité en exemple par les nouveaux dirigeants de la droite conservatrice latino-américaine pour sa politique de lutte contre les gangs armés, fait l’objet de vives critiques. Selon un rapport publié ce jeudi 16 juillet 2026 par Amnesty International, les conséquences de cette stratégie sécuritaire, marquée par des arrestations massives et des décès en détention, pourraient relever de crimes contre l’humanité.

Un bilan humain lourd : 90 000 arrestations et au moins 470 morts en prison

D’après les informations rapportées par Amnesty International, relayées par RFI, le régime d’exception mis en place au Salvador depuis mars 2022 aurait conduit à environ 90 000 arrestations arbitraires. Ce chiffre, colossal pour un pays de 6,5 millions d’habitants, témoigne de l’ampleur des opérations menées contre les gangs, notamment la Mara Salvatrucha et le Barrio 18. Cependant, l’organisation de défense des droits humains souligne que ces interpellations se seraient souvent déroulées sans mandat judiciaire, sur la base de simples soupçons, et auraient touché des personnes innocentes, y compris des mineurs et des personnes âgées.

Par ailleurs, au moins 470 décès auraient été recensés en détention depuis le début de cette politique. Ces morts, selon le rapport, seraient liées à des conditions carcérales dégradantes : surpopulation extrême, manque d’accès aux soins médicaux, malnutrition, et violences infligées par les forces de l’ordre. Amnesty International précise que ces éléments pourraient constituer des actes de torture ou des traitements inhumains, et qu’ils s’inscrivent dans un cadre plus large de violations systématiques des droits fondamentaux.

Des possibles crimes contre l’humanité selon Amnesty International

Le rapport d’Amnesty International, intitulé « Salvador : une guerre contre les gangs aux allures de crime contre l’humanité », établit une analyse juridique approfondie. L’organisation estime que les arrestations arbitraires, les détentions prolongées sans procès équitable, et les décès en prison pourraient relever de la catégorie des crimes contre l’humanité, telle que définie par le Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI). Pour qu’un tel crime soit constitué, il faut démontrer que ces actes sont commis de manière généralisée ou systématique contre une population civile, en application d’une politique d’État.

Selon des sources gouvernementales salvadoriennes citées par des médias internationaux, le président Bukele justifie cette approche par la nécessité de rétablir l’ordre et la sécurité dans un pays gangrené par la violence des gangs. Depuis l’instauration de l’état d’exception, le taux d’homicides a chuté drastiquement, passant de 50 pour 100 000 habitants à moins de 2. Cependant, les critiques estiment que ce succès sécuritaire s’est fait au prix de libertés fondamentales et de vies humaines. Le gouvernement salvadorien n’a pas encore réagi officiellement aux conclusions du rapport, mais il a par le passé rejeté les accusations d’Amnesty, les qualifiant de « partiales » et « déconnectées de la réalité du terrain ».

Un modèle sécuritaire controversé et ses implications régionales

La politique de Nayib Bukele, surnommé « le dictateur le plus cool du monde » par certains observateurs, suscite un intérêt croissant en Amérique latine. Des dirigeants conservateurs, comme Javier Milei en Argentine ou Santiago Peña au Paraguay, ont exprimé leur admiration pour cette méthode de « guerre totale » contre le crime organisé. Cependant, le rapport d’Amnesty International pourrait jeter une ombre sur ce modèle, en mettant en lumière les risques juridiques et éthiques qu’il comporte.

Les implications pour le Salvador sont multiples. D’une part, une éventuelle saisine de la CPI par des organisations de défense des droits humains ou par des États tiers pourrait entraîner une enquête internationale. D’autre part, les partenaires internationaux du Salvador, notamment les États-Unis et l’Union européenne, pourraient être amenés à conditionner leur aide financière au respect des droits humains. Selon des experts en droit international cités par RFI, la qualification de crime contre l’humanité nécessite des preuves solides de la part de la justice internationale, mais le rapport d’Amnesty constitue un signal fort adressé à la communauté internationale.

En conclusion, le rapport d’Amnesty International du 16 juillet 2026 marque une escalade dans la critique de la politique sécuritaire salvadorienne. Alors que le pays reste sous état d’exception, la question des droits humains risque de devenir un enjeu central pour la légitimité du gouvernement Bukele, tant sur la scène nationale qu’internationale. Les prochains mois pourraient être décisifs, entre la poursuite de la répression des gangs et les appels à une justice plus équitable.