Onyx Infos

Arabie saoudite: l'e-sport, la nouvelle vitrine du «soft power» de Riyad

Monde · · Par Sophie DURAND

Arabie saoudite: l'e-sport, la nouvelle vitrine du «soft power» de Riyad

Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a assisté dimanche soir à la cérémonie de clôture de la Coupe du monde d’e-sport au Grand Palais, à

Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a assisté dimanche soir à la cérémonie de clôture de la Coupe du monde d’e-sport au Grand Palais, à Paris, aux côtés du président français Emmanuel Macron. Cette présence, la veille d’un entretien bilatéral prévu à l’Élysée, illustre la stratégie de Riyad visant à s’imposer comme un acteur incontournable du jeu vidéo compétitif. Le royaume wahhabite, souvent critiqué pour son bilan en matière de droits de l’Homme, semble avoir trouvé dans l’e-sport un nouveau vecteur pour redorer son image à l’international. ## Un investissement massif au service d’une image renouvelée Depuis plusieurs années, l’Arabie saoudite multiplie les investissements colossaux dans le secteur du sport électronique. Selon les informations rapportées par RFI, ce secteur est considéré par les dirigeants du royaume comme un levier stratégique majeur pour diversifier leur économie, traditionnellement dépendante des hydrocarbures. Le Fonds public d’investissement (PIF), dirigé par le prince héritier, a notamment injecté des centaines de millions de dollars dans des entreprises et des tournois internationaux. L’objectif affiché est double : capter un public jeune et mondialisé, tout en contrebalançant une image médiatique souvent associée aux atteintes aux libertés fondamentales. La présence de Mohammed ben Salmane au Grand Palais n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans une série de déplacements diplomatiques où le sport, sous toutes ses formes, sert de passerelle diplomatique. Le choix de l’e-sport, plutôt qu’un sport traditionnel, témoigne d’une volonté de se positionner sur des créneaux à forte croissance numérique et technologique. Les observateurs y voient une tentative de séduire les jeunes générations occidentales, moins sensibles aux arguments politiques classiques mais très réceptives à la culture du gaming. ## Une stratégie de « soft power » qui interroge Cette offensive saoudienne dans l’e-sport s’inscrit dans une stratégie plus large de « soft power » déjà observée dans le football, le golf ou encore la Formule 1. Riyad accueille d’ailleurs régulièrement des événements majeurs, comme les Jeux olympiques de l’e-sport, et sponsorise des équipes professionnelles de renommée mondiale. Cependant, cette politique soulève des questions éthiques. Plusieurs ONG et associations de défense des droits humains dénoncent un procédé de « sportwashing », visant à masquer des violations persistantes des droits de l’Homme via des opérations de séduction médiatique. Les critiques pointent notamment l’absence de liberté d’expression dans le royaume, où les journalistes et les opposants sont régulièrement emprisonnés. L’affaire du meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, en 2018, reste en mémoire et continue de ternir l’image de Mohammed ben Salmane à l’étranger. Dans ce contexte, l’investissement massif dans l’e-sport pourrait être perçu comme une tentative de détourner l’attention des sujets sensibles, tout en créant des alliances économiques et culturelles durables avec les pays occidentaux. ## Un rendez-vous diplomatique sous tension La rencontre entre Mohammed ben Salmane et Emmanuel Macron, prévue ce lundi 24 août, devrait aborder des sujets géopolitiques brûlants, notamment les tensions au Moyen-Orient et les questions énergétiques. Mais la dimension symbolique de la présence du prince héritier à la cérémonie d’e-sport ne doit pas être sous-estimée. Elle illustre la volonté de Riyad de s’inscrire dans une diplomatie moderne, mêlant technologie, sport et culture. Pour la France, ce rapprochement est également stratégique. Paris cherche à renforcer ses liens économiques avec les pays du Golfe, tout en maintenant une position ferme sur les principes démocratiques. L’équilibre est délicat, et la question des droits de l’Homme pourrait bien revenir au centre des discussions, en marge des poignées de main et des sourires de circonstance. En attendant, l’e-sport s’impose comme un terrain de jeu diplomatique inédit, où les manettes remplacent parfois les traités, et où la manette, elle, se négocie à coups de milliards de dollars.