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Après le Niger, le Mali et le Burkina Faso rompent à leur tour avec la Cour pénale internationale

Monde · · Par Claire BERNARD

Après le Niger, le Mali et le Burkina Faso rompent à leur tour avec la Cour pénale internationale

Retrait collectif du Sahel : Le Mali et le Burkina Faso quittent à leur tour la CPI Quelques jours après Niamey, les capitales malienne et burkinabè ont officia

Retrait collectif du Sahel : Le Mali et le Burkina Faso quittent à leur tour la CPI

Quelques jours après Niamey, les capitales malienne et burkinabè ont officialisé leur rupture avec la Cour pénale internationale (CPI), marquant une nouvelle escalade dans les tensions entre l’institution de La Haye et les régimes issus de coups d’État au Sahel. Bamako et Ouagadougou ont adressé un courrier au secrétaire général de l’ONU, qui a acté leur départ le mardi 30 juin, rejoignant ainsi le Niger dans une défection coordonnée au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Une décision motivée par des accusations de partialité

Selon des informations rapportées par RFI, les trois pays membres de l’AES dénoncent un manque d’impartialité de la CPI, qu’ils accusent de politiser les droits humains. Ce retrait collectif intervient dans un contexte où les régimes militaires au pouvoir à Bamako, Ouagadougou et Niamey multiplient les critiques contre les organisations internationales, qu’ils perçoivent comme des instruments de pression extérieure. Le courrier adressé à l’ONU officialise une rupture déjà largement anticipée, après des mois de tensions croissantes entre ces États et la juridiction pénale internationale. Les autorités sahéliennes estiment que la CPI appliquerait un double standard, ciblant principalement les dirigeants africains tout en ignorant les crimes commis par d’autres puissances. Cette perception, bien que contestée par les défenseurs des droits humains, alimente un sentiment de défiance qui s’étend désormais à l’ensemble de l’AES.

Un précédent historique et des implications juridiques

Ce n’est pas la première fois que des États africains quittent la CPI. Le Burundi s’était retiré en 2017, suivi par les Philippines en 2019, tandis que l’Afrique du Sud avait annoncé son intention de se retirer avant de faire marche arrière. Cependant, la simultanéité des départs du Niger, du Mali et du Burkina Faso constitue un précédent inédit par son ampleur régionale. Juridiquement, le retrait prend effet un an après la notification, conformément à l’article 127 du Statut de Rome. Pendant cette période, la CPI conserve sa compétence pour enquêter sur les crimes commis sur le territoire de ces pays avant la date effective du retrait. Cela signifie que les enquêtes en cours, notamment celles concernant les exactions commises dans le cadre de la lutte contre les groupes jihadistes au Sahel, pourraient se poursuivre. Toutefois, la coopération des États concernés, désormais ouvertement hostiles à l’institution, risque de devenir quasi inexistante.

Un signal politique fort pour l’Alliance des États du Sahel

Au-delà des aspects juridiques, ce retrait coordonné envoie un signal politique majeur. En agissant de concert, le Mali, le Burkina Faso et le Niger affirment leur souveraineté face à ce qu’ils considèrent comme une ingérence judiciaire occidentale. Cette décision renforce la cohésion de l’AES, une alliance militaire et diplomatique créée en septembre 2023, et pourrait inciter d’autres pays de la région à emboîter le pas. Les trois régimes militaires, qui ont rompu avec la France et se sont rapprochés de la Russie, cherchent à redéfinir leurs relations avec les institutions multilatérales. En quittant la CPI, ils espèrent également envoyer un message à leurs populations, en se présentant comme des défenseurs de la souveraineté nationale face à une justice internationale perçue comme partiale. Cette posture, bien que populaire dans une partie de l’opinion publique sahélienne, risque toutefois d’isoler davantage ces pays sur la scène internationale et de compliquer l’accès à certaines aides ou coopérations judiciaires.

Des conséquences pour les victimes et la justice transitionnelle

La rupture avec la CPI soulève des inquiétudes quant à l’avenir de la justice pour les victimes de crimes de masse au Sahel. Depuis le début des insurrections jihadistes en 2012, la région a connu des atrocités commises tant par des groupes armés que par les forces de sécurité nationales. La CPI avait ouvert des enquêtes au Mali dès 2013, et des procédures préliminaires étaient en cours au Burkina Faso. Avec le retrait, ces processus pourraient être ralentis, voire bloqués, faute de coopération locale. Les organisations de défense des droits humains, comme Human Rights Watch ou Amnesty International, ont exprimé leur vive préoccupation, estimant que cette décision risque de créer un vide judiciaire et d’encourager l’impunité. Les régimes militaires, de leur côté, affirment vouloir renforcer leurs propres systèmes judiciaires nationaux pour juger les crimes commis sur leur sol, mais leur crédibilité en la matière reste à démontrer, dans un contexte où l’indépendance de la justice est souvent remise en question.

Une tendance plus large de rejet des institutions internationales

Ce triple retrait s’inscrit dans une tendance plus large de rejet des institutions internationales par certains États africains. Outre la CPI, les pays de l’AES ont également critiqué la CEDEAO, qu’ils accusent d’être inféodée aux puissances occidentales, et ont multiplié les ruptures avec des organisations comme l’ONU ou l’Union africaine sur certains dossiers. Cette dynamique reflète une volonté de redéfinir les souverainetés nationales dans un contexte de recomposition géopolitique mondiale. Cependant, elle expose également ces pays à un risque d’isolement diplomatique et économique, alors que les besoins en matière de sécurité, de développement et de justice restent immenses. La communauté internationale observe avec attention l’évolution de cette situation, qui pourrait servir de modèle à d’autres régions confrontées à des tensions similaires entre justice internationale et souveraineté nationale.