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"Après un déremboursement, les prix augmentent fortement": pour financer les médicaments innovants, la Sécu pourrait ne plus rembourser les anciens comme le Doliprane (pas si indolore pour les patients)

Economie · · Par Julie MOREAU

Le gouvernement explore une piste sensible pour financer les médicaments de demain : dérembourser les traitements anciens jugés moins efficaces, à l’image du Do

Le gouvernement explore une piste sensible pour financer les médicaments de demain : dérembourser les traitements anciens jugés moins efficaces, à l’image du Doliprane, afin de libérer des budgets pour les innovations thérapeutiques. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a réaffirmé ce week-end, dans un entretien au Parisien, sa volonté d’instaurer une « règle d’or » qui conditionnerait la prise en charge par l’Assurance maladie à la valeur scientifique réelle des médicaments. Une refonte du « panier de soins » qui soulève des questions économiques et éthiques majeures. ### Une « règle d’or » fondée sur le progrès médical Sébastien Lecornu a précisé sa philosophie : « Lorsqu’un nouveau médicament apporte un progrès médical majeur, il est normal qu’il soit remboursé. À l’inverse, lorsqu’un traitement ancien est dépassé et n’apporte qu’un bénéfice thérapeutique faible, voire quasi nul, on doit se poser la question du maintien de son remboursement. » Cette logique impliquerait un système dynamique d’entrées et de sorties du panier de soins remboursables. Concrètement, les traitements les plus innovants seraient mieux pris en charge, tandis que des comprimés plus anciens, moins coûteux ou d’efficacité modeste, comme le paracétamol, pourraient sortir du giron de l’Assurance maladie obligatoire (AMO). ### Un retard français sur les innovations L’économiste Frédéric Bizard, fondateur de l’Institut santé, juge ce concept « plutôt bien pensé ». Il rappelle un chiffre clé : « 40% des médicaments innovants qui sont dans la plupart des autres pays innovants ne sont pas lancés en France, principalement pour des raisons budgétaires, avec des pertes de chances pour les patients français. » Pour lui, le raisonnement est vertueux : dérembourser certains produits permettrait à la fois de réaliser des économies et de dégager des marges de manœuvre pour financer les innovations. Un arbitrage qui semble séduisant sur le papier, mais qui heurte une réalité : les patients pourraient voir leur reste à charge augmenter sensiblement. ### Le risque d’une hausse des prix pour les patients L’inquiétude principale réside dans l’impact financier direct pour les assurés. L’histoire récente montre que le déremboursement s’accompagne souvent d’une hausse des prix. Le gouvernement a d’ailleurs envisagé une baisse de 13% du prix du paracétamol, une décision jugée « incompréhensible » par les laboratoires. Si le Doliprane et d’autres médicaments de confort ou de première nécessité sortaient du panier de la Sécu, les patients devraient assumer seuls le coût, avec un risque de renoncement aux soins pour les plus modestes. Les associations de consommateurs et une partie du corps médical redoutent une médecine à deux vitesses, où l’accès aux traitements dépendrait de la capacité financière de chacun. ### Un débat loin d’être tranché L’idée n’est pas nouvelle et revient régulièrement dans le débat public, sans jamais avoir été appliquée à grande échelle. La Haute Autorité de santé (HAS) évalue déjà le service médical rendu (SMR) de chaque médicament, mais les critères de sortie restent flous. Le Premier ministre devra arbitrer entre équilibre budgétaire et équité sociale. La question centrale demeure : comment définir un « bénéfice thérapeutique faible » sans pénaliser des patients qui, faute d’alternatives, dépendent de ces traitements anciens mais efficaces pour leur qualité de vie ? La concertation avec les laboratoires, les professionnels de santé et les associations de malades s’annonce déterminante avant toute réforme concrète.