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Antonio Scurati, écrivain : « La survie de Venise est toujours mise en péril par les marées de la lagune et les marées humaines »

Culture · · Par Emma ROUSSEAU

Antonio Scurati, écrivain : « La survie de Venise est toujours mise en péril par les marées de la lagune et les marées humaines »

Dans une récente tribune publiée dans Le Monde, l’écrivain italien Antonio Scurati exprime ses préoccupations quant à l’avenir de Venise, un joyau architectural

Dans une récente tribune publiée dans Le Monde, l’écrivain italien Antonio Scurati exprime ses préoccupations quant à l’avenir de Venise, un joyau architectural et culturel, menacé par des défis environnementaux et un tourisme de masse incontrôlé. Selon Scurati, la survie de cette cité emblématique est constamment mise en péril par des "marées de la lagune" et "des marées humaines", une métaphore qui souligne la dualité des menaces pesant sur la ville. La montée des eaux, conséquence directe du changement climatique, est un problème bien documenté. Les scientifiques estiment que le niveau de la mer pourrait augmenter de manière significative au cours des prochaines décennies, mettant en danger non seulement les infrastructures vénitiennes, mais également le mode de vie de ses habitants. Ainsi, Scurati rappelle que Venise, une ville qui se dresse déjà sur pilotis, pourrait devenir de plus en plus vulnérable face à des inondations régulières, amplifiant ainsi les risques pour son patrimoine inestimable. En parallèle, le surtourisme constitue une menace tout aussi sérieuse. Venise, qui attirait environ 30 millions de visiteurs par an avant la pandémie de COVID-19, a subi une pression touristique inouïe, ce qui a engendré des conséquences néfastes pour la qualité de vie des Vénitiens. Scurati souligne que la ville est devenue "un parc d'attractions" au détriment de son essence même. Les habitants, souvent relégués au second plan, se battent pour préserver leur identité culturelle face à un afflux constant de touristes. À l’aube des élections municipales prévues les 24 et 25 mai, l’écrivain appelle le nouveau maire à prendre des mesures concrètes pour réguler le tourisme. Il suggère notamment d'instaurer des limites strictes sur le nombre de visiteurs autorisés à entrer dans la ville chaque jour. Cette proposition fait écho à des initiatives déjà mises en place dans d'autres destinations touristiques à travers le monde, où des quotas de visiteurs ont été instaurés afin de protéger l'environnement et la culture locale. Les autorités locales ont déjà commencé à prendre conscience de ces enjeux. Par exemple, en 2021, un projet de péage pour les visiteurs de Venise a été envisagé, visant à réduire le nombre de touristes et à générer des fonds pour la préservation de la ville. Néanmoins, la mise en œuvre de telles mesures reste complexe et suscite des débats passionnés parmi les habitants et les professionnels du secteur touristique. Scurati souligne également l'importance de la sensibilisation des visiteurs à la fragilité de Venise. Il plaide pour une éducation touristique qui incite les voyageurs à respecter la ville et à comprendre son histoire, ses luttes et ses aspirations. Une approche qui pourrait favoriser un tourisme durable, permettant à la fois de préserver le patrimoine culturel et de soutenir l'économie locale. L'écrivain évoque aussi l'idée que la survie de Venise ne repose pas uniquement sur des politiques restrictives, mais également sur un changement de mentalité. Il est crucial que chacun prenne conscience de sa responsabilité en tant que visiteur et acteur du patrimoine. Cela passe par une invitation à s'immerger dans la culture locale, à interagir avec les habitants et à adopter des comportements respectueux, plutôt que de se limiter à des visites superficielles des sites emblématiques. En somme, Antonio Scurati nous rappelle que la lutte pour la survie de Venise est un combat collectif, qui nécessite l'engagement non seulement des autorités locales mais aussi de chaque individu. Alors que la ville continue de faire face à des marées d'un autre genre, l’écrivain appelle à une réflexion profonde sur le tourisme et son impact, en espérant que les futures générations pourront découvrir et apprécier la Cité des Doges dans toute sa splendeur, sans compromettre son avenir.