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Aller directement chez le kiné sans passer par son généraliste rapporterait 14 milliards d’euros

Une · · Par Claire BERNARD

Aller directement chez le kiné sans passer par son généraliste rapporterait 14 milliards d’euros

Accès direct au kiné : une économie potentielle de 14 milliards d’euros pour la société française Selon une étude rendue publique ce mardi par l’économiste Fréd

Accès direct au kiné : une économie potentielle de 14 milliards d’euros pour la société française

Selon une étude rendue publique ce mardi par l’économiste Frédéric Bizard, spécialiste des questions de santé et de Sécurité sociale, la possibilité pour les patients de consulter un kinésithérapeute sans prescription médicale préalable pourrait générer des économies considérables. Le rapport, dont les conclusions ont été rapportées par Le Figaro, estime à 14 milliards d’euros par an le gain potentiel pour la société française, dont 6,5 milliards d’euros pour l’Assurance-maladie seule.

Un système jugé « injustifié » par l’économiste

L’étude de Frédéric Bizard s’attaque à une règle bien établie du parcours de soins français : l’obligation, pour certains patients, d’obtenir une ordonnance d’un médecin généraliste ou spécialiste avant de pouvoir se rendre chez un kinésithérapeute. Cette consultation médicale préalable est qualifiée par l’économiste de « charge administrative et logistique injustifiée ». Le rapport suggère que cette étape, loin d’améliorer la qualité des soins, représente un frein à l’accès aux soins et une source de dépenses inutiles, tant pour les patients que pour la collectivité.

Pour étayer sa démonstration, Frédéric Bizard a analysé l’impact de l’accès direct sous trois angles principaux : les bénéfices en termes de qualité de vie pour les patients, les moindres dépenses publiques, et les coûts évités pour les entreprises et la collectivité. Cette approche multidimensionnelle vise à démontrer que la libéralisation de l’accès aux soins kinésithérapeutiques pourrait avoir des répercussions positives bien au-delà du simple budget de la Sécurité sociale.

La lombalgie, cas d’école pour une réforme

L’étude prend pour exemple emblématique la lombalgie, une pathologie qui, selon les données citées par l’économiste, concernera 84 % de la population adulte sur sa vie entière, avec 8,9 millions de nouveaux cas chaque année. Pour cette affection courante, « le gain brut global de la kinésithérapie » en accès direct serait particulièrement significatif. En supprimant la consultation médicale préalable, les patients pourraient bénéficier d’une prise en charge plus rapide, réduisant ainsi les arrêts de travail et améliorant leur qualité de vie, tout en allégeant la pression sur les cabinets de médecins généralistes.

Par ailleurs, le rapport souligne que le nombre de kinésithérapeutes a doublé en France depuis 2010, passant de 52 795 praticiens à 109 000 en 2025. Cette augmentation de l’offre de soins, couplée à une demande croissante, rendrait selon les auteurs plus pertinente une évolution des modalités d’accès à la profession. La question de l’accès direct se pose d’autant plus que la France connaît des tensions sur son système de santé, avec des délais d’attente parfois longs pour obtenir un rendez-vous chez un généraliste.

Des implications économiques et organisationnelles majeures

Les 14 milliards d’euros d’économies potentielles avancés par l’étude représentent une somme considérable dans le contexte budgétaire actuel de la Sécurité sociale. Si ce chiffre devait se confirmer, il pourrait inciter les pouvoirs publics à reconsidérer le cadre réglementaire entourant la profession de kinésithérapeute. Toutefois, une telle réforme ne serait pas sans susciter des débats, notamment au sein du corps médical, certains généralistes craignant une perte de contrôle sur le parcours de soins et un risque de dérive des prescriptions.

Pour l’heure, le rapport de Frédéric Bizard alimente une réflexion de fond sur l’optimisation du système de santé français. Il pose la question de la pertinence de certaines étapes administratives dans un parcours de soins qui se veut de plus en plus efficient. Alors que la démographie médicale évolue et que les attentes des patients se transforment, l’accès direct aux kinésithérapeutes pourrait constituer une piste sérieuse pour alléger les dépenses de santé tout en maintenant, voire en améliorant, la qualité de la prise en charge.