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Affaire Lyhanna : une procureur générale veut «aller plus loin» que ce que demande Gérald Darmanin

Une · · Par Claire BERNARD

Affaire Lyhanna : une procureur générale veut «aller plus loin» que ce que demande Gérald Darmanin

Affaire Lyhanna : une procureure générale veut «aller plus loin» que les directives de Gérald Darmanin La procureure générale près la cour d’appel de Paris, Mar

Affaire Lyhanna : une procureure générale veut «aller plus loin» que les directives de Gérald Darmanin

La procureure générale près la cour d’appel de Paris, Marie-Suzanne Le Quéau, a annoncé jeudi avoir ordonné un examen plus approfondi que celui réclamé par le Garde des Sceaux, Gérald Darmanin, dans le sillage de l’affaire Lyhanna. Cette collégienne de 11 ans, décédée dans le Gers, était au cœur d’une affaire où le principal suspect, Jérôme B., avait déjà été visé par plusieurs plaintes pour viols. Selon des informations rapportées par Le Figaro et l’AFP, la magistrate a indiqué sur BFMTV avoir «demandé d'aller plus loin que ce que le garde (des Sceaux) nous a demandé de faire».

Un recensement étendu des procédures en cours

Dans le cadre de cette initiative, la procureure générale a précisé que son service ne se limiterait pas à la revue des 70.000 plaintes déposées pour des violences sexuelles sur mineurs, comme l’avait initialement exigé le ministre de la Justice. «Nous allons procéder non seulement au recensement des affaires que nous connaissons déjà, c'est-à-dire qui sont arrivées chez nous et qui sont reparties avec des instructions auprès des services d'enquête», a-t-elle expliqué. Pour la cour d’appel de Paris, qui couvre neuf parquets, le travail a déjà commencé : environ 7.000 procédures seraient à examiner, selon les premières estimations de la magistrate.

Cette décision intervient dans un contexte de vive émotion publique et de critiques croissantes envers le système judiciaire, après la mort tragique de Lyhanna. La plainte déposée le 22 août 2025 par la mère de la fillette pour des faits de viols commis entre septembre 2024 et mai 2025 au domicile du suspect avait concentré les critiques. Le fait que Jérôme B. ait déjà fait l’objet de plusieurs plaintes antérieures sans qu’une action plus ferme n’ait été engagée soulève des questions récurrentes sur le traitement des violences sexuelles sur mineurs par l’institution judiciaire.

Les limites d’une revue administrative massive

L’exigence de Gérald Darmanin de passer au crible 70.000 plaintes d’ici mi-juillet avait été perçue comme une réponse politique à l’indignation suscitée par l’affaire. Cependant, Marie-Suzanne Le Quéau semble estimer qu’une simple revue quantitative ne suffirait pas à garantir l’efficacité du système. «Nous avons déjà immédiatement procédé à un recensement», a-t-elle affirmé, suggérant que son équipe s’engageait dans une démarche plus qualitative et plus approfondie. Cette approche pourrait inclure une vérification des suites données à chaque plainte, ainsi qu’une analyse des éventuels dysfonctionnements dans le traitement des signalements.

La magistrate n’a pas précisé si cette extension du périmètre de contrôle concernerait d’autres cours d’appel en France. Toutefois, son initiative pourrait servir de modèle ou de pression pour que d’autres juridictions adoptent une méthode similaire. Les 7.000 procédures identifiées dans le ressort de la cour d’appel de Paris représentent une charge de travail considérable, d’autant plus que les délais imposés par le ministre sont serrés.

Des enjeux de confiance et de transparence

Au-delà de l’aspect technique, cette affaire met en lumière les tensions entre le pouvoir politique et l’autorité judiciaire sur la gestion des violences faites aux enfants. Si Gérald Darmanin a cherché à montrer une réactivité immédiate, la procureure générale semble vouloir garantir que l’examen ne soit pas une simple formalité administrative. «Aller plus loin» pourrait signifier, selon des observateurs, une remontée systématique des cas où des plaintes ont été classées sans suite ou n’ont pas donné lieu à des investigations suffisantes.

L’affaire Lyhanna a également relancé le débat sur les moyens alloués à la justice, notamment en matière de traitement des violences sexuelles. Les associations de défense des droits des enfants réclament depuis des années une meilleure coordination entre les services judiciaires, sociaux et éducatifs. La décision de Marie-Suzanne Le Quéau, bien que locale, pourrait avoir des répercussions nationales si elle conduit à une réévaluation des pratiques dans l’ensemble des parquets.

Une perspective ouverte sur l’avenir judiciaire

Alors que la date butoir de mi-juillet approche, les regards se tournent vers les résultats concrets de cette revue. La procureure générale n’a pas exclu que ce travail révèle des lacunes systémiques, ce qui pourrait entraîner des réformes structurelles. Pour l’heure, elle insiste sur la nécessité de «ne pas se contenter de chiffres» et de s’assurer que chaque plainte ait été traitée avec la rigueur requise. L’affaire Lyhanna, par sa tragédie, pourrait ainsi devenir un catalyseur pour un changement plus profond dans la manière dont la justice française appréhende les violences sexuelles sur mineurs.