Affaire Lyhanna : à Perpignan, Montpellier ou Nîmes, le triste constat d'une justice en échec face aux violences sexuelles sur les enfants

L’affaire Lyhanna, du nom de cette fillette violée et tuée dans le Gers par un homme déjà visé par plusieurs plaintes, continue d’ébranler l’institution judicia
L’affaire Lyhanna, du nom de cette fillette violée et tuée dans le Gers par un homme déjà visé par plusieurs plaintes, continue d’ébranler l’institution judiciaire. Selon des informations rapportées par *Midi Libre*, une note du Garde des Sceaux, récapitulant les rapports lancés par les procureurs généraux à la suite de ce drame, pointe des défaillances systémiques. Ces dysfonctionnements, qui concernent des juridictions allant de Perpignan à Montpellier en passant par Nîmes, mettent en lumière l’incapacité chronique du système à protéger les enfants victimes de violences sexuelles.
## Des signalements ignorés dans un silence administratif
Le rapport commandé par le ministère de la Justice, dont *Midi Libre* a obtenu une copie, établit un constat sévère : les plaintes déposées contre l’auteur présumé des faits n’ont pas déclenché les procédures d’urgence requises. Dans les ressorts des cours d’appel de Montpellier et de Nîmes, les procureurs généraux auraient relevé, selon le quotidien régional, des « anomalies » dans le traitement des signalements. Des courriers de professionnels de santé alertant sur la situation de la fillette seraient restés sans réponse pendant plusieurs semaines, une période durant laquelle l’agresseur présumé a pu réitérer ses actes.
Cette inertie administrative ne serait pas un cas isolé. Les auditions menées auprès des magistrats et des greffiers dans les tribunaux de Perpignan, Montpellier et Nîmes révéleraient une culture du « tri » implicite, où certaines affaires sensibles sont orientées vers des procédures alternatives aux poursuites, faute de moyens humains. Selon les éléments compilés dans la note, environ 30 % des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs dans ces ressorts n’auraient pas fait l’objet d’une enquête préliminaire approfondie dans un délai raisonnable.
## Un système judiciaire sous tension et des victimes oubliées
Les rapports des procureurs généraux, annexés à la note transmise par le Garde des Sceaux, insistent également sur la surcharge chronique des parquets. À Montpellier, le tribunal judiciaire aurait enregistré une hausse de 15 % des plaintes pour agressions sexuelles sur mineurs entre 2021 et 2023, sans augmentation proportionnelle des effectifs. Cette pression quantitative expliquerait, selon les rédacteurs, des décisions de classement sans suite prononcées pour des motifs de « charge de travail » plutôt que sur une analyse juridique du fond.
Par ailleurs, le manque de coordination entre les services sociaux, l’Éducation nationale et la justice apparaît comme un facteur aggravant. Dans le cas de Lyhanna, plusieurs signalements émanant de l’école auraient été adressés à la cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP) du département, mais ces informations n’auraient jamais été transmises au parquet compétent. Cette rupture dans la chaîne d’information, documentée dans les rapports, illustre un cloisonnement des services qui, selon des sources judiciaires citées par *Midi Libre*, « pourrait avoir des conséquences tragiques à répétition ».
## Vers une refonte des pratiques judiciaires ?
Face à ce constat, la Chancellerie envisagerait, selon la même source, une série de mesures correctives. Parmi les pistes évoquées figure la création d’un référent « violences intrafamiliales » dans chaque tribunal, chargé de suivre les dossiers sensibles de la plainte au jugement. Cette fonction, expérimentée dans certaines juridictions, aurait montré une réduction des délais de traitement de 20 % selon des données internes non publiées.
Toutefois, les rapports soulignent que ces ajustements procéduraux ne suffiront pas sans une augmentation significative des moyens alloués aux parquets. Les magistrats des ressorts de Perpignan, Montpellier et Nîmes auraient d’ailleurs fait part de leur « épuisement professionnel » face à des dossiers d’une gravité extrême, traités dans des conditions matérielles dégradées. La note du Garde des Sceaux, si elle acte un échec, pourrait servir de point de départ à une réforme plus profonde de la politique pénale en matière de protection de l’enfance.
L’affaire Lyhanna, par sa dimension tragique, a ainsi révélé des failles structurelles dont l’ampleur dépasse les seules juridictions du sud de la France. Les conclusions de ces rapports, dont la publication intégrale n’est pas prévue à ce stade, alimentent un débat plus large sur la manière dont l’institution judiciaire appréhende la parole des enfants et la gravité des violences qu’ils subissent.