Affaire Lyhanna : "aveuglement persistant du ministère de la Justice", "discrédit"… La motion au vitriol des magistrats de Montpellier

Affaire Lyhanna : la motion au vitriol des magistrats de Montpellier contre le ministère de la Justice L'assemblée générale des magistrats du siège de la cour d
Affaire Lyhanna : la motion au vitriol des magistrats de Montpellier contre le ministère de la Justice
L'assemblée générale des magistrats du siège de la cour d'appel de Montpellier, tenue lundi 15 juin, a adopté une motion d'une rare virulence à l'encontre du ministère de la Justice, dénonçant un "aveuglement persistant" et un "discrédit" jeté sur l'institution judiciaire. Cette prise de position intervient alors que les suites de l'affaire Lyhanna, du nom d'une fillette de 5 ans morte de malnutrition et de maltraitance en 2019, continuent de susciter de vives tensions au sein de la profession. Selon des informations rapportées par Midi Libre, les magistrats montpelliérains estiment que la chancellerie a fait preuve d'une "absence totale de considération" pour les alertes émises par les juges du tribunal pour enfants de Montpellier, qui avaient signalé à plusieurs reprises la situation de l'enfant avant son décès.
Une motion qui dénonce un "aveuglement persistant"
Le texte adopté par les magistrats, dont Midi Libre a obtenu une copie, ne mâche pas ses mots. Il y est question d'un "aveuglement persistant du ministère de la Justice" qui, selon les signataires, aurait "sciemment ignoré" les signalements et les demandes de moyens supplémentaires formulés par les juges des enfants. La motion pointe notamment du doigt le manque de moyens alloués aux services de protection de l'enfance, mais aussi une "culture du déni" au sein de l'administration centrale. Les magistrats estiment que cette affaire, tragique, révèle un dysfonctionnement systémique : "Comment expliquer qu'après tant de signalements, rien n'ait été fait pour protéger Lyhanna ?", interrogent-ils, avant de conclure que la responsabilité de la chancellerie est "directement engagée".
Un "discrédit" jeté sur l'institution judiciaire
Au-delà des critiques sur le fond, la motion dénonce également ce qu'elle perçoit comme une tentative de "discréditer" les magistrats de terrain. Selon les juges montpelliérains, le ministère aurait tenté, dans ses communications, de minimiser leur rôle et de rejeter la faute sur des "dysfonctionnements locaux". Une attitude qui, selon eux, "jette l'opprobre sur l'ensemble de la profession" et "affaiblit la confiance des justiciables dans l'institution judiciaire". Les magistrats rappellent qu'ils travaillent "dans des conditions de plus en plus difficiles", avec des effectifs insuffisants et des dossiers en constante augmentation, et que la tragédie de Lyhanna est "le résultat d'une politique d'austérité budgétaire menée depuis des années".
Des suites judiciaires toujours en cours
L'affaire Lyhanna, qui avait profondément ému l'opinion publique, a déjà conduit à la mise en examen de plusieurs personnes, dont la mère et le beau-père de l'enfant. Par ailleurs, une information judiciaire a été ouverte pour "homicide involontaire par personne morale" à l'encontre de l'État, une procédure rarissime qui pourrait engager la responsabilité de l'administration. Les magistrats de Montpellier, dans leur motion, appellent à ce que cette enquête aille "jusqu'au bout" et que "toutes les responsabilités, y compris celles des plus hauts niveaux hiérarchiques, soient établies". Ils demandent également la tenue d'une "mission d'inspection parlementaire" sur le fonctionnement de la protection de l'enfance en France.
Une réaction attendue de la chancellerie
Pour l'heure, le ministère de la Justice n'a pas officiellement réagi à cette motion. Toutefois, selon des sources proches du dossier, la chancellerie considère que les critiques émises sont "excessives" et "ne tiennent pas compte des réformes engagées". Les magistrats de Montpellier, de leur côté, préviennent qu'ils ne "céderont pas" et qu'ils continueront à "alerter l'opinion publique" tant que des mesures concrètes ne seront pas prises. Cette motion, qui intervient dans un contexte de crise de confiance au sein de la magistrature française, pourrait bien marquer un nouveau tournant dans les relations entre les juges de terrain et leur ministère de tutelle, alors que la question de l'indépendance de la justice et de ses moyens est plus que jamais au cœur des débats.