Affaire Lyhanna : que sont les 70 000 plaintes impliquant des mineurs que les magistrats doivent passer en revue d’ici le 14 juillet ?

Affaire Lyhanna : 70 000 plaintes impliquant des mineurs à examiner d'ici le 14 juillet, un défi judiciaire sans précédent Le ministre de la Justice, Gérald Dar
Affaire Lyhanna : 70 000 plaintes impliquant des mineurs à examiner d'ici le 14 juillet, un défi judiciaire sans précédent
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a annoncé ce lundi 8 juin 2026, lors d’une conférence de presse tenue à la Chancellerie, un vaste plan de recensement et de priorisation des plaintes impliquant des mineurs. Selon des informations rapportées par Le Figaro, ce sont environ 70 000 plaintes que les magistrats doivent passer en revue d’ici au 14 juillet 2026. Cette décision fait suite à l’onde de choc provoquée par la mort de Lyhanna, une collégienne de 11 ans, dont le principal suspect, Jérôme B., n’avait jamais été entendu malgré une plainte déposée neuf mois plus tôt pour des viols répétés sur une autre mineure. Ce contexte tragique a mis en lumière des dysfonctionnements judiciaires persistants, poussant le garde des Sceaux à exiger un « état des lieux » tribunal par tribunal.
Une mesure d’urgence face à une crise de confiance
Gérald Darmanin a réuni les procureurs généraux ce lundi matin pour orchestrer ce qui s’apparente à une opération de rattrapage massive. L’objectif, selon des sources gouvernementales, serait d’identifier, dans chaque juridiction, les plaintes en souffrance impliquant des mineurs victimes de violences sexuelles ou physiques. Ce recensement doit aboutir à une priorisation stricte, afin que les dossiers les plus sensibles — notamment ceux où le suspect est toujours en liberté et susceptible de récidiver — soient traités en urgence. Toutefois, certains magistrats, interrogés par Le Figaro, dénoncent « un coup de communication » et déplorent un manque de moyens persistant. En effet, le nombre de 70 000 plaintes, bien que colossal, pourrait ne refléter qu’une partie des affaires non résolues, le système judiciaire étant chroniquement sous-dimensionné pour absorber un tel volume.
Un chiffre qui interroge sur l’ampleur du phénomène
Les 70 000 plaintes évoquées par le ministre ne sont pas un inventaire exhaustif de toutes les affaires de mineurs, mais plutôt un stock identifié comme « dormant » ou en attente de traitement dans les tribunaux. Selon des données compilées par la Chancellerie, ce chiffre inclurait des signalements pour viols, agressions sexuelles, violences volontaires, mais aussi des situations de harcèlement ou de mise en danger. Le délai imposé — le 14 juillet, soit un peu plus d’un mois — semble irréaliste pour de nombreux professionnels du droit. « Passer en revue 70 000 dossiers en trente jours, c’est mathématiquement impossible sans moyens supplémentaires », confie un magistrat sous couvert d’anonymat. Ce dernier souligne que chaque plainte nécessite une analyse minutieuse, souvent avec des pièces à conviction, des auditions à planifier ou des expertises à commander. Le risque, selon lui, serait de privilégier la quantité sur la qualité, au détriment des victimes.
Des antécédents judiciaires qui alimentent la polémique
L’affaire Lyhanna a cristallisé les critiques sur le système judiciaire français. Jérôme B., 41 ans, était visé par une plainte déposée en août 2025 par la mère d’une mineure née en 2014, pour des viols répétés commis entre septembre 2024 et mai 2025. Malgré ce signalement, le suspect n’a jamais été entendu, et aucune mesure de protection n’a été prise. Ce délai de neuf mois sans action judiciaire a suscité l’indignation, d’autant plus que l’homme aurait eu accès à d’autres jeunes filles, dont Lyhanna. Le Figaro rapporte que des signalements antérieurs, émanant d’associations ou de services sociaux, auraient également été classés sans suite. Cette situation a conduit Gérald Darmanin à ordonner une inspection générale des services, mais aussi à imposer ce recensement urgent. Pour certains observateurs, ces 70 000 plaintes pourraient n’être que la partie émergée d’un iceberg, car de nombreuses victimes mineures hésitent encore à porter plainte, par peur de représailles ou par méfiance envers l’institution judiciaire.
Un plan qui divise la profession
Si l’initiative du ministre est saluée par une partie de l’opinion publique, elle suscite des réserves chez les magistrats. Le Syndicat de la magistrature, contacté par Le Figaro, a exprimé des doutes quant à la faisabilité de l’opération. « Nous ne pouvons pas traiter 70 000 plaintes en un mois sans renforts humains et matériels », a déclaré un porte-parole. Les juridictions, déjà engorgées par des affaires courantes, devraient prioriser ces dossiers au détriment d’autres contentieux, ce qui pourrait créer des déséquilibres. Par ailleurs, certains magistrats redoutent que cette mesure ne serve qu’à apaiser temporairement la pression médiatique, sans s’attaquer aux causes structurelles : manque de juges, de greffiers, et d’enquêteurs spécialisés dans les violences faites aux mineurs. Gérald Darmanin a promis des moyens supplémentaires, mais aucun chiffre concret n’a été avancé lors de la conférence de presse.
Un test pour la crédibilité de la justice
À l’approche de l’échéance du 14 juillet, l’enjeu dépasse le simple recensement. Il s’agit pour le ministère de la Justice de démontrer sa capacité à réagir efficacement face à une crise systémique. Les 70 000 plaintes représentent autant de victimes potentielles qui attendent une réponse judiciaire, parfois depuis des années. Si l’opération réussit, elle pourrait poser les bases d’une réforme en profondeur, avec une meilleure traçabilité des signalements et des délais de traitement raccourcis. En revanche, un échec risquerait d’aggraver la défiance envers l’institution, déjà fragilisée par l