Affaire Jubillar : cinq ans plus tard, que peuvent encore révéler les ossements retrouvés ?

Affaire Jubillar : cinq ans plus tard, que peuvent encore révéler les ossements retrouvés ? C’est sur un terrain agricole à cheval entre les villages de Villene
Affaire Jubillar : cinq ans plus tard, que peuvent encore révéler les ossements retrouvés ?
C’est sur un terrain agricole à cheval entre les villages de Villeneuve-sur-Vère et Mailhoc, dans le Tarn, que l’affaire Jubillar semble avoir trouvé son dénouement jeudi matin. Sur indication du peintre plaquiste, qui a récemment avoué avoir tué son épouse Delphine durant l’hiver 2020, les gendarmes ont découvert « en quelques minutes » les premiers ossements, dont deux fémurs, selon une source proche de l’enquête citée par Le Figaro. Entre identification formelle, analyses génétiques, toxicologiques et recherche de lésions sur le squelette, les experts de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) espèrent faire parler ces restes longtemps enfouis et éclairer les circonstances exactes du meurtre.
Des ossements dispersés par le temps et la nature
Le corps de Delphine Aussaguel aurait été enseveli dans des conditions rudimentaires, sans outils et peu profondément, sur ce terrain situé à seulement 11 kilomètres du domicile conjugal, qui n’avait encore jamais été exploré. Au fil des années, la dépouille s’est vraisemblablement disloquée, nécessitant la poursuite des fouilles ce vendredi. « Les restes ont pu bouger pour plusieurs raisons : l’intervention d’animaux sauvages comme des sangliers ou des chiens errants. Des vaches peuvent aussi avoir déplacé dans leurs mouvements des parties… », détaille une source proche de l’enquête au Figaro. Cette dispersion naturelle complique le travail des anthropologues, qui doivent désormais reconstituer un puzzle osseux fragmenté, tout en s’assurant que chaque pièce appartient bien à la victime présumée.
Analyses génétiques et toxicologiques : les clés de l’identification
La priorité des experts de l’IRCGN est d’abord l’identification formelle des ossements. Des prélèvements ADN seront comparés au profil génétique de Delphine Aussaguel, déjà connu des services d’enquête. Si cette étape est cruciale pour confirmer qu’il s’agit bien de l’infirmière disparue, les analyses ne s’arrêteront pas là. Les anthropologues légistes chercheront également à détecter d’éventuelles lésions osseuses, qui pourraient révéler la nature des violences subies. En parallèle, des analyses toxicologiques sur la moelle osseuse ou les fragments de tissus conservés dans le sol pourraient permettre de déterminer si la victime avait été droguée ou intoxiquée avant son décès. Selon des sources proches de l’enquête, ces examens pourraient prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois, en raison de l’état de dégradation avancée des restes.
Une scène de crime reconstituée par la géologie
Au-delà des analyses de laboratoire, l’environnement même de la découverte fait l’objet d’une attention minutieuse. Les gendarmes scientifiques étudient la composition du sol, la végétation environnante et les éventuelles traces de remaniement du terrain. « Chaque centimètre de terre peut contenir un indice : une trace de sang, un fragment textile, un objet ayant servi à transporter le corps », explique une source proche de l’enquête. Cette analyse géologique devrait permettre de reconstituer la chronologie des faits, depuis l’ensevelissement jusqu’à la dispersion des ossements. Elle pourrait également confirmer ou infirmer les déclarations du suspect sur les circonstances du décès et les modalités de la dissimulation du corps.
Un dénouement qui soulève de nouvelles questions
Si la découverte des ossements semble apporter un dénouement à cinq années d’enquête infructueuse, elle ouvre également de nouvelles interrogations. Pourquoi le corps n’a-t-il jamais été retrouvé lors des précédentes battues ? Comment le suspect a-t-il pu transporter la dépouille sur plus de 11 kilomètres sans être repéré ? Et surtout, les analyses permettront-elles de déterminer avec certitude la cause exacte du décès, que le peintre plaquiste a évoquée sans fournir de détails médicaux précis ? Les experts de l’IRCGN devront répondre à ces questions dans les mois à venir, sachant que chaque ossement pourrait contenir une partie de la vérité. L’affaire Jubillar, qui a tenu en haleine la France entière, entre désormais dans sa phase la plus technique et la plus décisive.